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« La sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur » (He 12,14)

Nous sommes tous appelés à la sainteté. Elle n’est pas réservée à une élite, au contraire, elle est l’ordinaire de la vie chrétienne, enseigne le Concile Vatican II :

« L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état. » (Lumen Gentium 40).

Saint Jean-Paul II eut à cœur d’ancrer cette vérité parmi nos convictions les plus intimes, par sa prédication, par sa manière de vivre et par de nombreuses canonisations. Il a voulu montrer qu’il est possible de parvenir à la sainteté, quelles que soient nos vies. Pourtant, nous résistons. Nous comprenons « appelés » d’une façon qui permet de dire qu’on est en route et de taire qu’on s’accommode de n’être pas prêts d’arriver. Nous le savons trop bien : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » (1Tm 2,4) Bercés de cette certitude, nous nous endormons comme les vierges insensées (cf. Mt 25,5.) Mais l’Épître aux Hébreux l’enseigne clairement : la sainteté est nécessaire au salut que Dieu veut pour nous. Entrer au Ciel sans la sainteté est impossible ! Dès lors, il faut prendre au sérieux

« la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur. »

On s’interroge aussitôt : « d’où vient cette exigence ? Au dernier jour, Dieu ne pardonnera-t-il pas de ne pas être saints ? Si les portes du paradis se fermaient devant ceux qui ne sont pas saints, il serait presque vide ! En tous cas, pour se convertir, il suffit de le vouloir vraiment, si bien que, lorsque je verrai Dieu, je comprendrai tout, je me convertirai et j’entrerai au Ciel. » Illusion que la conviction de se réconcilier avec Dieu comme on se concentre sur sa déclaration d’impôts : en repoussant la contrainte le plus longtemps possible, puis en se donnant la peine de classer ses papiers une fois pour toutes.

La sainteté ne consiste pas seulement à satisfaire un certain nombre de devoirs, elle est surtout un état intérieur qui, avec la grâce de Dieu, est le résultat de leur accomplissement. L’obéissance extérieure est un pas nécessaire, mais il n’est que le premier sur le chemin de la sainteté. Si nous nous emparons des « instruments des bonnes œuvres »,

« si, jour et nuit, sans relâche, nous nous en servons, quand, au jour du jugement, nous les remettrons, le Seigneur nous donnera la récompense qu’il a promise lui-même. » (Règle de saint Benoît 4,76)

Les bonnes œuvres, en effet, sont le moyen pour changer le cœur. Or ce changement ne peut s’opérer rapidement, il est le travail d’une vie.

D’aucuns objecteront que Dieu peut tout, y compris changer notre cœur en un instant. Assurément, Dieu le peut, nous l’expérimentons à chaque visite au confessionnal. Mais cela change-t-il nos habitudes ? C’est ainsi que, malgré le renouveau de la grâce du sacrement, nous persévérons dans les pratiques anciennes. Supposons qu’une âme, ayant toujours repoussé au lendemain sa conversion, reçoive cependant la grâce d’entrer en paradis. On peut penser à la parabole du vêtement des noces (cf. Mt 22,1-14.) Y trouverait-elle le bonheur ? En vérité, explique le cardinal Newman, le Ciel serait pour elle un enfer. Le Ciel, en effet, n’est pas un lieu, ni un statut, mais une manière d’être. De même que l’homme de la parabole ère en silence et ne sait que répondre à son hôte (cf. Mt 22,12), cette âme serait au milieu d’inconnus, découvrant un mode de vie étranger et ressentant partout la présence divine qu’elle a passé son temps à éviter. Tout ce qui l’intéresse, tout ce qui l’attire, tout ce qu’elle aime aura disparu : quel malheur ! C’est pourquoi le long travail des « bonnes œuvres » est nécessaire ; ils nous acclimate aux choses d’en haut. Attachons-nous donc à

« la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur. »

On répliquera : « Cet extrême ne nous concerne pas. Nous avons des amis là-haut, la sainte Vierge et saint Joseph aussi. Nous nous attachons honnêtement à la vie chrétienne, nous fréquentons nos églises et nous tâchons de prier chaque jour, cela nous sera compté ! » Il n’y a rien à compter car nous ne jouons pas au « Compte est bon ». D’autres, plus zélés que nous à pratiquer les vertus, se sont entendu dire : « Je ne vous ai jamais connus. » (Mt 7,23) Il est simple de vérifier notre fidélité à Dieu : elle se mesure à notre désir de le servir mieux. Monsieur Vincent, exténué par une vie dévouée à la charité, entrait en agonie en murmurant : « j’ai si peu fait, j’ai si peu fait ! » L’âme satisfaite de sa sainteté est en danger : au mieux elle est dans l’illusion, au pire dans les ténèbres. La grâce de la sainteté fait vomir le péché et communique l’obsession de plaire au Père.

Telle est la marque de notre adhésion à l’appel à la sainteté : si, en considérant notre vie (les biens acquis, les amitiés précieuses, la chère famille, les engagements pris, tout ce qui nous définit et rend belle la vie), nous concevions le sentiment que cela ne contribue pas à notre sainteté, nous serions prêts à y renoncer sur le champ. Répondre à l’appel à la sainteté consiste à ne vivre que le bonheur de Dieu. Tant que nous ne renonçons pas à ce qui ne rend pas saint, nous ne prenons pas au sérieux

« la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur. »

Il existe deux moyens pour devenir saint : collaborer sur terre avec la grâce sanctifiante ou bien accueillir au purgatoire le feu purificateur. Dans le fond, être saint n’est rien d’autre que cela : être consommé par l’amour de Dieu, se jeter éperdument dans la fournaise qu’est le Cœur de Jésus, se consumer avec lui du même amour que lui.

Rappelons-nous la bienheureuse Imelda. Toute petite, elle n’avait qu’un désir : Jésus. À 10 ans, elle obtint d’entrer au noviciat des dominicaines de Bologne qui acceptaient les enfants. Inlassable, elle passait des heures à adorer le Saint-Sacrement. À la messe, quand elle voyait les Sœurs sortir des stalles pour aller communier (ce n’était pas permis avant l’âge de 14 ans), elle demandait doucement : « Je vous en prie, expliquez-moi comment on peut recevoir Jésus dans son cœur sans mourir de joie ? » Elle n’a jamais compris. Un jour, le Seigneur montra miraculeusement son désir que l’enfant fasse sa première communion. Le prêtre lui donna l’hostie, la petite Imelda communia avec ferveur et elle mourut aussitôt, emportée dans une extase de joie. Cette fillette de 13 ans enseigne deux vérités très simples : être saint, c’est mourir d’amour et mourir, c’est se perdre en Dieu.

En général, se perdre en Dieu nous semble abstrait, cela ne nous effraie guère car nous ne comprenons pas. Mais on croit savoir ce qu’est mourir. Et souffrir aussi. On prend peur en se rappelant Jésus à Gethsémani qui, en son humanité, demande que la coupe s’éloigne de lui et qui ajoute aussitôt : « non ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14,36) Jésus capitule. Toute sainteté vient de cette capitulation. Cette reddition cependant est la plus belle défaite qui soit, la défaite absolue que seuls les petits comprennent, elle est le chemin que sainte Thérèse appelle la « voie de l’enfance ». La capitulation demandée ne résulte pas d’un rapport de force défavorable mais de la volonté d’aimer jusqu’au bout (cf. Jn 13,1.) L’âme se rend à la volonté du Père, elle cède à la folie de l’amour de Dieu, qui demande au Christ d’aller jusqu’au bout. Elle choisit comme Jésus d’être victime de l’amour miséricordieux et s’offre avec Jésus en holocauste d’amour.

« Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte. (…) Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu’ainsi je devienne Martyre de votre Amour ô mon Dieu ! » (Acte d’offrande à l’amour miséricordieux)

Thérèse s’est offerte en « victime d’holocauste à l’amour miséricordieux » et elle a beaucoup souffert. Imelda a fait une semblable offrande d’elle-même, mais elle n’a pas souffert. L’une et l’autre ont consenti à l’appel à la sainteté, seule leur réponse compte. Au sujet des souffrances à venir, on ne sait rien. Cependant, si elles étaient déterminantes pour nous, considérons ceci : qui ne se rend pas sur terre à l’amour miséricordieux, deviendra victime de l’amour au purgatoire. Là, assurément, on souffre davantage que toutes les souffrances éventuellement reçues en disant oui sur la terre.

La petite Thérèse a volé « de victoire en victoire », c’est-à-dire de capitulation en capitulation. À Gethsémani en effet, Jésus ne cède pas à la volonté d’un puissant, il obéit à l’amour, c’est-à-dire qu’il se soumet à la folie commune unissant le Père et le Fils, appelée Esprit-Saint. De même, dans l’épreuve, les saints épargnent l’amour les unissant à Dieu. Par amour de Dieu, ils capitulent devant l’Esprit-Saint, ils renoncent à blesser à l’amour, ils refusent de crucifier l’amour, ils préfèrent être crucifiés eux-mêmes plutôt que crucifier l’amour. Comme Jésus à Gethsémani. C’est ainsi qu’ils l’emportent, par la défaite gratuite de l’amour devant l’amour. C’est de cette façon qu’ils deviennent saints, victimes d’holocauste à l’amour miséricordieux.

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