« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » (Lc 24,5-6) La question de l’ange effaça la tristesse des femmes. La résurrection étant un mystère de vie, les femmes le pénètrent en premier.

Remarquons comment, pour le Seigneur Jésus, la résurrection s’harmonise avec sa naissance. Le psaume annonçait que son âme ne serait pas abandonnée à la mort (cf. Ps 70,20) et que le saint de Dieu ne connaîtrait pas la corruption (cf. Ps 15,10). C’est pourquoi Pierre affirme que la mort n’avait pas le pouvoir de le retenir : « tu ne laisseras pas ton saint (Sanctum tuum) voir la corruption » (Ac 2,27). Or « ton saint » est appelé plus loin « ton saint enfant Jésus (sanctum puerum tuum Iesum) » (Ac 4,27), l’Écriture liant ainsi la naissance du Christ à Bethléem à sa résurrection à Jérusalem.

« Femme, voici ton fils. »

Entre la grotte de Bethléem et le jardin de la résurrection, la croix se dresse, clé de d’interprétation totale. « Voici ton fils. » Par cette parole, Jésus révèle d’abord l’universalité de la maternité de Marie, nouvelle Ève, chargée de transmettre la vie divine donnée par le Père. La condition de cette transmission est l’union au mystère de Jésus de Nazareth. En effet, l’inscription apposée par Pilate au bois du supplice mentionnait « Jésus de Nazareth » (Jn 19,19). Jésus donnant sa vie n’est pas seulement Fils du Père, il est l’enfant de Marie, l’Immaculée conception. Le chemin vers le jardin de la résurrection traverse le village de Nazareth.

Tous les hommes sont héritiers de la corruption, « par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » (Rm 5,12). Cependant, l’enfant Jésus était immortel, étant sans péché et incorruptible. La mort pouvait le dominer, elle ne pouvait retenir le Fils de Dieu (cf. Ac 2,24). C’est pourquoi les accusateurs de Jésus voulaient par sa condamnation à mort contredire sa prétention à être le Fils. Ils savaient que s’il était Dieu, la mort ne le retiendrait pas : « si tu es Fils de Dieu, descends de la croix ! » (Mt 27,40) Or Jésus fut obéissant jusqu’à la mort, pour notre salut. L’Adversaire crut vaincre l’Agneau, ne percevant pas dans le « tout est accompli » (Jn 19,30) l’humble annonce de l’accomplissement de l’Écriture et de l’achèvement de la domination du péché. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt 27,54) Le troisième jour, après avoir imposé sa victoire dans le monde invisible, Christ se leva d’entre les morts, il sortit de la mort comme on s’éveille d’un sommeil, confirmant qu’elle n’a aucun pouvoir sur le fruit d’une conception immaculée. La résurrection évoque ainsi la naissance de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

« Femme, voici ton fils. »

En appelant Marie « femme » plutôt que « mère », le Seigneur Jésus invite à considérer la Vierge dans le mystère de sa personne. Qui est-elle pour être la mère de tous les hommes ?

Parce qu’elle accueille la vie, une mère sait que la vie est un don ; elle éduque l’enfant au risque de se donner et au goût de l’accomplissement dans la liberté du don. Elle enseigne à recevoir le don de la vie dans un cœur sans partage, c’est-à-dire dans la pureté. La femme est ainsi caractérisée par le désir de pureté et par sa capacité à communiquer cette soif. Dès lors, Marie est la femme accomplie, la toute pure, la Vierge.

Aujourd’hui, le mystère de la Vierge irrite de nombreuses sensibilités. La virginité de la femme et sa pureté sont fréquemment moquées, niées ou ignorées. Les enjeux spirituels et humains de la virginité demeurent ainsi invisibles — y compris pour nous-mêmes, tant il nous est difficile d’attendre de Dieu seul toute forme de fécondité. Le choix de la virginité consiste à s’engager avec Dieu dans l’humilité et dans la pauvreté du cœur. Cette attitude intérieure explique le lien privilégié de la Vierge avec l’Esprit-Saint. Le Saint-Esprit est en effet la pureté de Dieu en personne, issu de la perfection du don réciproque du Père et du Fils, il est l’accomplissement du don de Dieu. Le Père et le Fils se donnent l’un à l’autre, ils se donnent tout, jusqu’à leur propre capacité à donner, laquelle est l’essence divine. Le Père et le Fils se donnent jusqu’à n’être pour l’autre qu’accueil, disponibilité radicale, lieu de repos. Ils se dessaisissent d’eux-mêmes pour laisser l’autre habiter librement en soi et disposer de sa propre vie. La relation du Père et du Fils est un abandon total.

Ainsi, le mystère de Marie en tant qu’elle est femme conduit au plus profond du mystère de Dieu ; le cœur du mystère de la femme est le don de la vie, c’est-à-dire que la féminité s’accomplit dans la maternité.

La maternité, en tant que fait et phénomène humains’explique pleinement à partir de la vérité sur la personne. La maternité est liée à la structure personnelle de l’être féminin et à la dimension personnelle du don. (…) Pour la femme, ce fait se relie d’une manière spéciale à un don désintéressé de soi. Les paroles de Marie à l’annonciation : « Qu’il m’advienne selon ta parole ! » (Lc 1,38) signifient la disponibilité de la femme au don de soi et à l’accueil de la vie nouvelle. (Jean-Paul II, Mulieris dignitatem, 18)

La maternité est la forme de la présence de la femme. La femme se caractérise par le souci de la qualité des relations, lesquelles naissent et vivent du don de soi. La vocation de Marie est alors d’être mère de tous les hommes, c’est-à-dire qu’elle donne la vie dans la pauvreté du cœur et l’ouverture à l’Esprit-Saint comme puissance de vie. Marie enfante à la vie de ressuscité.

« Femme, voici ton fils. »

Cependant, aucune femme, pas même la Vierge Marie, ne peut envisager la maternité sans qu’un homme ne s’engage envers elle dans un amour fidèle. Dès lors, en désignant le disciple devenu fils, Jésus évoque implicitement l’époux nécessaire à la Mère : Jésus situe la Sainte Vierge dans une alliance. Il s’agit assurément de l’alliance nouvelle que scelle le nouvel Adam avec l’Église. Mais peut-il subsister, pour l’exercice de la maternité universelle de Marie, quelque chose du mariage avec Joseph ? Peut-on évoquer cette alliance nuptiale aux jours de la résurrection, alors que Joseph n’est plus ?

Nous avons vu comment la virginité de Marie, épouse de Joseph, nous introduit au cœur de la nouvelle alliance. Or Jésus, « fils de Marie » (Mc 6,3), « fils de Joseph » (Lc 4,22), vient d’une origine échappant aux hommes : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même : mais il est véridique, celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais parce que je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. » (Jn 7,28-29). Ainsi, l’origine humaine de Jésus de Nazareth, signifiée par la présence de Marie et de Joseph, traduit et cache son origine divine. D’une autre manière, l’humanité glorifiée du ressuscité dévoile et dissimule la divinité de Jésus : « il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. » (Lc 24,40-41) Avant et après la résurrection, seuls les yeux de la foi ouvrent au mystère de Jésus-Christ.

De même, à Nazareth, la vie conjugale de Marie et de Joseph, marquée par le renoncement, exprime la vérité de l’amour auquel Dieu les appelle pour le temps et pour l’éternité, tant il est vrai que « les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » (Rm 11,29) et que, selon l’enseignement de saint Jean-Paul II, les époux sont « co-appelés » :

La voie de l’appel à la pureté du cœur, comme l’exprime le discours sur la montagne, est dans chaque cas une réminiscence de la solitude originelle dont l’homme a été libéré par l’ouverture à l’autre être humain, à la femme. En fin de compte, la pureté de cœur s’exprime par le regard vers l’autre sujet qui est originellement et éternellement « co-appelé ». (Audience générale du 3 décembre 1980)

Ainsi, Marie et Joseph ont vécu, ensemble, le renoncement signe de leur attente du fils de la Promesse. Leur pureté a inscrit ce fils dans une filiation humaine, la maison de David. Toute leur vie est vouée au service de cet enfant divin et cet appel conjoint demeure après la résurrection et après l’assomption. Comme toute épouse, la vocation de Marie est la fidélité à l’amour auquel elle s’est consacrée par son alliance nuptiale. Comme tout époux, Joseph est consacré au service de son épouse dans la pureté du cœur. Dès lors, à l’Annonciation comme à la Croix, l’annonce faite à Marie de sa maternité prochaine s’inscrit sur le fond de la consécration de Joseph à la virginité de son épouse.

« Femme, voici ton fils. »

« Puis il dit du disciple : “Voici ta mère.” » (Jn 19,27) Le temps de la résurrection nous rappelle que nous sommes des êtres de naissance. Il nous revient d’accueillir le ministère de Marie et de Joseph sur nous, de grandir en sagesse et en grâce (cf. Lc 2,52) pour que toute femme découvre son appel à vivre l’alliance jusqu’à faire de sa personne une demeure de paix et que tout homme s’engage dans la pureté jusqu’à l’union au cœur de Jésus. En effet, « le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » (Lc 24,34) Le Seigneur est ressuscité même pour Simon qui le renia, même pour nous qui avons si souvent suivi le monde quand le Christ nous appelait sur le chemin de l’évangile. Bienheureux choisit de renaître d’en haut, en Jésus, par Marie et par Joseph.

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