Le début de l’année nouvelle est traditionnellement le temps des « petits cadeaux », et par la même occasion, celui de la question angoissante : « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir offrir ? » La Parole pour vivre de ce mois nous donne la réponse : saint Pierre nous suggère tout simplement d’offrir nos services, en mettant en œuvre « ce que nous avons reçu comme don de la grâce ».

Parole pour Vivre

Nous n’ignorons pas que le jour de notre baptême, nous avons tous reçu un ou plusieurs dons particuliers, qui nous ont été confiés afin que nous « les gardions et leur fassions porter leur fruit » (Gn 2,15), « en vue du bien de tous » (1 Co 12,7). C’est pourquoi notre communauté d’appartenance attend légitimement notre participation au bien commun, notre contribution à la construction du Corps ecclésial dont nous faisons partie, et qui ne saurait être achevée sans notre apport personnel.

Réciproquement, les talents que le Seigneur nous a confiés contribuent à notre identité spirituelle, et leur mise en œuvre nous confère notre place particulière au sein de la communauté. Qu’il s’agisse d’une communauté familiale, paroissiale ou tout autre forme de vie commune – celle-ci est essentiellement relationnelle ; elle est faite de dons et d’échanges grâce auxquels la vie circule, se communique, grandit, s’épanouit. C’est en donnant de nous-mêmes – notre temps, nos compétences, nos talents – que nous permettons à Dieu d’agir pour l’édification du Corps tout entier et de chacun de ses membres.

« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce,
mettez-le au service des autres,
comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes
 »

Le talent nous est propre : il va au-delà de la compétence, et se révèle à l’expérience ; il nous permet d’exceller dans tel ou tel domaine particulier. Il s’agit d’une aptitude, d’une habileté, qui peut être innée à l’origine, mais que nous avons développée au cours de notre histoire. Le talent est toujours personnel ; c’est pourquoi il est en lien avec la vocation et peut être un indicateur de celle-ci. Chacun d’entre nous dispose d’un certain nombre de talents, qu’il nous revient d’identifier et de développer en vue de leur épanouissement.

La maturation et la fécondité des dons sont souvent conditionnées par le contexte dans lequel ils sont appelés à s’exercer : il faut que la communauté soit accueillante aux talents de ses membres si elle veut les voir fleurir et porter du fruit. De la disposition de la communauté à reconnaitre les dons de ses membres et à encourager leur expression, dépend bien souvent leur émergence et leur fécondité.

Bien sûr un talent n’est pas encore un charisme, mais « la grâce suppose et respecte la nature » : habituellement le charisme est un talent fécondé par l’Esprit. Dans le verset suivant, saint Pierre énumère quelques charismes que l’Esprit confie aux membres de la communauté pour l’édification de la famille de Dieu : « Si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique » (1 P 4,11). Nous pouvons nous inspirer de cette énumération, ainsi que des listes (non exhaustives !) proposées par saint Paul (1 Co 12, 7-10 ; 28-30 ; Rm 12, 6-8 ; Ep 4,11), pour nous aider à découvrir nos talents personnels.

« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce,
mettez-le au service des autres,
comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes
 »

Hélas, trop souvent, nos charismes restent enfouis au plus profond de nous-mêmes où ils demeurent inutilisés. Nous nous lamentons d’être pauvres et stériles, alors que nous portons en nous un trésor d’une fécondité inouïe. Comment se fait-il que nous puissions ainsi enterrer les dons de Dieu ?

1- D’abord par ignorance de son projet ; nous n’avons pas bien entendu le verset de la lettre aux Corinthiens : « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » (1 Co 12,7) ; nous avons subtilement remplacé le « chacun » par « quelques privilégiés » – dont nous ne faisons bien sûr pas partie.

2- Ce qui nous conduit à la seconde raison : le manque de confiance en nous. « Le Seigneur sait tout : il sait bien qu’il ne peut pas confier des talents à quelqu’un comme moi ! Il y a des vases “d’or ou d’argent, honorables, sanctifiés, utiles au Maître, équipés pour faire tout ce qui est bien” (2 Tim 2,21), et puis des créatures de second ordre comme moi, “en bois et terre cuite, pour ce qui est vulgaire” (2,20) – entendons : dont il n’attend pas grand-chose – parmi lesquelles je me reconnais ». Ici encore notre lecture souffre de myopie : nous n’avons pas lu qu’au verset suivant, saint Paul nous invite à nous purifier des œuvres de la chair, pour être nous aussi comptés parmi les instruments honorables, sanctifiés et utiles au bien (2,21).

3- Mais peut-être est-ce précisément cette exigence de conversion qui nous fait peur ? Ce qui nous achemine vers la troisième raison. Il peut nous arriver de nier et de refuser les dons de Dieu pour échapper à la responsabilité qui nous incombe de les faire fructifier. Comme le mauvais serviteur de la parabole, nous enterrons le talent que le Maître nous a confié, avec l’intention de le lui rendre dès qu’il reviendra. Ce qui nous permet entre temps de poursuivre notre route sans nous préoccuper de lui faire porter du fruit. La raison de cette attitude peut être la peur d’un Dieu « exigeant, qui retire ce qu’il n’a pas déposé, qui moissonne ce qu’il n’a pas semé » (Lc 19,22) ; mais elle peut aussi trahir de la paresse ou de la tiédeur spirituelles, voire même le refus de nous engager dans l’édification du Royaume de Dieu, auquel nous préférons une vie mondaine.

« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce,
mettez-le au service des autres,
comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes
 »

C’est donc à un examen de conscience que nous invite la Parole de ce premier mois de l’année : suis-je réceptif aux dons de la grâce ? Quels charismes ai-je discernés à la lumière de mon expérience personnelle, ou à partir de ce que me renvoie mon entourage ? Où s’enracinent mes résistances à leur réception ? Quels sont les faux raisonnements qu’il me faut combattre pour accueillir les talents que Dieu me confie ?

Que Notre Seigneur Jésus-Christ, Lumière du monde, présent dans nos cœurs par son Esprit, nous révèle ce qu’il y a déposé comme germes de vie nouvelle à faire fructifier pour l’édification du Royaume. « Ainsi, en toute chose, Dieu recevra sa gloire par Jésus Christ, car c’est à lui qu’appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (1 P 4,11).

CatégorieParole pour Vivre
Famille de Saint Joseph
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