Après la conversion de l’intelligence, voici – tout à fait logiquement – celle de la volonté. Car de même que notre intelligence est aveuglée, notre volonté est paralysée par les conséquences du péché qui affecte notre humanité. Plus exactement, nos forces vives sont dispersées dans les multiples convoitises suscitées par les biens de ce monde, qui ont séduit et fasciné notre intelligence, au point que nous nous trouvons impuissants à accomplir ce que le Seigneur attend de nous. Qui ne se reconnait dans cette parole de saint Paul : «  Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7,19) ? Qui n’a pas ressenti douloureusement « l’inertie de la chair », ce poids qui nous entraîne inexorablement vers la terre sans que nous puissions résister efficacement ?

Parole pour Vivre

Cette inhibition de la volonté peut nous affecter dans toutes les dimensions de notre être : nous pouvons nous sentir impuissants à

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  • accomplir notre devoir d’état comme il le faudrait ;
  • persévérer dans une tâche ardue ;
  • supporter un problème de santé, des difficultés professionnelles, affectives ;
  • vaincre le découragement ;
  • trouver le courage d’entreprendre telle chose ou de renoncer à telle autre ; etc.
  • affronter une tentation qui se présente ;
  • triompher d’un péché qui plombe notre avancée spirituelle ;
  • pardonner ou demander pardon ;
  • sortir d’une amertume ;
  • mettre en place une authentique vie de prière et sacramentelle ;
  • voire même croire en Jésus tout simplement.

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  1. Le premier pas est de faire un examen de conscience afin de discerner le(s) domaine(s) particulier(s) où notre volonté se trouve paralysée ou fortement inhibée.
  2. L’étape suivante consiste à demander au Seigneur le désir de nous convertir – voire même comme l’écrivait saint Ignace de Loyola, « le désir du désir de la conversion ».
  3. Enfin, nous le prions de nous donner la force de nous détourner de ce qui aliène notre volonté et de nous mettre résolument à sa suite.

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« Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force » (Ep 6,10)

Notre faiblesse n’est jamais un obstacle à l’action de la grâce – si du moins nous consentons à entrer dans les vues de Dieu sur nous – car notre force ne s’enracine pas en nous-mêmes, mais dans l’appel de Jésus qui nous invite à venir à lui en marchant sur les eaux. Saint Paul n’affirme-t-il pas : « Quand je suis faible, c’est alors je suis fort » (2 Co 12,10) ? Il s’agit de choisir le camp de Dieu et de prendre autorité en son nom sur notre impuissance : « Que le faible dise : je suis fort ! » (Jl 3,10) ; non pas en vertu de ses propres ressources, mais dans « la force que Dieu communique » (1 P 4,11), et dans la conviction qu’« avec Dieu nous ferons des prouesses » (Ps 60,14). « Vous êtes forts, nous affirme avec insistance saint Jean, parce que la parole de Dieu demeure en vous et que vous avez vaincu le malin » (1 Jn 2,14).

Une telle attitude suppose que nous ayons pris une ferme résolution ; un « je veux » dans lequel nous nous engageons tout entier et que nous prononçons en fixant nos yeux sur Jésus Ressuscité, vainqueur de nos impuissances. « Il n’y a que le premier pas qui coûte », disait le saint Curé d’Ars : c’est sans doute pour cela que nous tardons tant à le poser ? Arrêtons donc d’écouter le démon qui nous suggère mille raisons pour remettre à demain cette conversion salutaire, et faisons aujourd’hui le « saut dans la foi » auquel le Seigneur nous invite, et qui constitue toujours un moment décisif dans notre cheminement vers la sainteté.

« Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force » (Ep 6,10)

Il est impressionnant de faire le relevé de tout ce que les Saints ont réalisé avec une santé délabrée et des forces humaines déficientes : pensons à saint François d’Assise, Padre Pio, Mère Térésa, et tant d’autres disciples du Christ souvent ignorés du monde, mais qui ont déplacé des montagnes en s’appuyant sur la grâce que Dieu donne à ses fidèles serviteurs. Bien sûr, leur vie témoigne aussi des combats qu’ils ont dû mener pour accomplir la mission que le Seigneur leur confiait ; mais ils ont su prendre autorité dans la Parole pour persévérer courageusement et victorieusement, murmurant dans leur cœur des versets tels que : « Je peux tout grâce à celui qui me fortifie » (Ph 4,13) ; « Le Seigneur m’assiste ; Il me remplit de force » (2 Tim 4,17) ; « Je suis puissamment fortifié par la puissance de sa gloire, qui me donne la persévérance et la patience » (Col 1,11) ; ou encore : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu m’a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de raison » (2 Tim 1,7).

« Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force » (Ep 6,10)

Mais quelle est donc cette « force vigoureuse » que le Seigneur donne à ceux qui la lui demandent ? Cette « énergie » divine n’est autre que la Vie même du Dieu d’Amour, c’est-à-dire son Amour subsistant que nous appelons l’Esprit Saint. Saint Paul écrit en effet : « Je demande à Dieu qu’il vous accorde, à la mesure de ses glorieuses richesses, d’être fortifiés avec puissance par son Esprit dans votre être intérieur » (Ep 3,16). Seul l’Esprit Saint peut nous arracher à l’inertie de notre égoïsme (philautia) qui nous replie sur nous-mêmes, pour nous propulser vers les autres dans le dynamisme de la charité (agapè). Sainte Thérèse d’Avila écrivait : « Si le Seigneur nous accorde un jour la grâce de graver son amour dans notre cœur, tout nous sera facile, nous agirons très vite et sans le moindre effort ».

La leçon est importante : ce n’est pas un surcroît de force physique, d’habileté, ou de capacité intellectuelle que nous donne le Seigneur pour triompher de nos impuissances ; mais il nous donne la force de nous arracher à nous-mêmes et d’aimer, en nous rendant participants de l’Amour qui l’a conduit à donner sa vie pour chacun de nous et pour tous les hommes.

Le présent de l’impératif – « puisez » – souligne que cette grâce ne peut nous être donnée une fois pour toutes, car c’est à chaque instant qu’il nous faut résister à « l’inertie du péché ». Ce qui signifie que nous avons à boire sans cesse cette Énergie divine à sa Source, en demeurant en étroite communion avec Jésus ressuscité, dans la prière, la méditation de sa Parole, et la vie sacramentelle. C’est en restant unis au Christ par une foi vivante de l’amour que nous lui portons, que nous lui permettons de déverser en nous « la vigueur de sa force », car « hors de lui nous ne pouvons rien faire » (Jn 15,5).

« Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force » (Ep 6,10)

Un dernier mot : nous ne pensons que rarement au lien établi par la Parole entre la force de Dieu et sa joie : « Ne vous affligez pas, car la joie du Seigneur est votre force » (Ne 8,10). Dieu est parfaitement simple : en lui tous les attributs s’identifient à son Amour subsistant. Son unique désir est de se donner à ses enfants, de leur communiquer la puissance de sa Charité, afin qu’ils participent ainsi à sa joie.

Hélas, nous pouvons surtout témoigner de l’inverse : n’est-il pas vrai que dans la tristesse, nous manquons de force, et que par le fait même, nous sommes bien plus vulnérables ? Aussi terminerons-nous par un autre verset biblique, qui pourra nous servir de « prescription médicale » pour nos jours de « sinistrose » : « Un cœur joyeux est un bon remède » (Prov 17,22) – à condition bien sûr que nous puisions cette joie dans la force (et donc dans l’Amour) de Dieu ! 🙂