Parce que saint Joseph n’est pas le père biologique de Jésus, on interroge la réalité de sa paternité et on met en doute la validité de son mariage. On devrait percevoir aussi l’expression de l’engagement radical du disciple dans l’amour authentique. Aimer en vérité, dit en effet Jésus, c’est se dépouiller des liens de la chair et du sang (cf. Mt 10,37).

Il y a dans cet enseignement du Seigneur davantage que l’exaltation de l’amour platonique, lequel n’est pas l’amour. Jésus demande à ses disciples de dépasser les inclinations naturelles, non parce que l’esprit devrait se libérer de la chair et du monde matériel, mais parce qu’en réalité, ces affections rétrécissent le cœur.

L’amour à notre idée s’imagine comme un chemin qui conduirait à aimer Dieu à force de se dévouer aux frères. Il est l’image paresseuse d’un amour s’épanouissant naturellement en incandescences spirituelles. Mais les affections naturelles ne mènent pas à aimer Dieu. Au contraire, l’amour du prochain n’existe que par l’amour de Dieu. L’amour du frère est même le critère de vérification de l’amour de Dieu (cf. 1Jn 4,20).

En saint Joseph, la Sagesse divine nous offre ainsi un modèle de renoncement radical à tout lien naturel, le choix résolu de ne se rechercher en rien dans ses affections : l’amour de Joseph pour l’enfant Jésus et pour son épouse Marie est la pure expression de son amour pour Dieu. Cœur très chaste de saint Joseph, enseignez-nous à aimer dans l’Esprit.