Famille de Saint Joseph
  1. Spiritualité
  2. Parole pour Vivre
  3. «RevĂȘtez votre coeur de tendresse et de bontĂ©, d'humilitĂ©, de douceur, de patience.» (Col 3, 12)

«RevĂȘtez votre coeur de tendresse et de bontĂ©, d’humilitĂ©, de douceur, de patience.» (Col 3, 12)

par | 1 juin 2013

[wpdm_file id=7]

En ce mois de juin {{Pour ceux d’entre vous qui dĂ©sirent intĂ©grer ce verset dans une lectio divina plus Ă©tendue, les quinze premiers versets du chapitre 3 de la lettre aux Colossiens peuvent servir de contexte.}}, traditionnellement consacrĂ© au SacrĂ© CƓur de JĂ©sus, nous mĂ©diterons sur l’humilitĂ© et la douceur qui devraient caractĂ©riser les relations entre « les frĂšres dans le Christ, membres fidĂšles du peuple saint » (Col 1, 2).

La parole de JĂ©sus : « Je suis doux et humble de CƓur » (Mt 11, 28-31) Ă  laquelle se rĂ©fĂšre implicitement saint Paul, est Ă  vrai dire surprenante. Nous savons que « Je suis » traduit le « Ego eimi » grec, traduction du TĂ©tragramme sacrĂ© YahvĂ©. JĂ©sus caractĂ©rise donc Dieu son PĂšre – dont il est l’expression parfaite (Col 1, 15) – par la douceur et l’humilité de son CƓur, c’est-Ă -dire de son Amour. Nous pourrions paraphraser JĂ©sus comme suit : « Je vous rĂ©vĂšle que Dieu votre PĂšre est un CƓur brĂ»lant d’amour, qui vous aime, d’un amour humble et doux ». Comment ne pas ĂȘtre bouleversĂ© par la rĂ©vĂ©lation d’un tel mystĂšre ? Et puisque le Seigneur veut faire de nous ses fils, essayons donc, Ă  la lumiĂšre du verset proposĂ©, de nous ouvrir Ă  son don, et de nous laisser recrĂ©er « à son image et Ă  sa ressemblance » (Gn 1, 26).

« RevĂȘtez votre cƓur de tendresse et de bontĂ©,
d’humilitĂ©, de douceur, de patience 
» (Col 3, 12)

Il est notoire que saint Paul nous invite Ă  « revĂȘtir notre cƓur » de ces cinq sentiments, dont nous dĂ©sirons tous bĂ©nĂ©ficier, et que nous aimerions voir fleurir dans notre entourage. S’il nous faut nous en revĂȘtir, c’est donc (1) que nous ne les possĂ©dons pas naturellement, et (2) qu’ils nous sont proposĂ©s sous forme d’un vĂȘtement. Nous savons (pour avoir dĂ©jĂ  abordĂ© ce symbole auparavant) que le vĂȘtement signifie l’homme nouveau, recréé en Christ ; ou encore l’humanitĂ© trĂšs sainte de JĂ©sus, qui nous est donnĂ©e en partage pour que nous puissions vivre « par lui, avec lui, en lui », dans l’Esprit : « Vous tous que le baptĂȘme a unis au Christ, vous avez revĂȘtu le Christ » (Ga 3, 27). Ce n’est donc pas de notre propre fond que nous sommes supposĂ©s tirer les sentiments Ă©numĂ©rĂ©s, mais il s’agit de nous disposer Ă  recevoir ces vertus de JĂ©sus, afin qu’elles triomphent du chiendent des vices que produit notre nature corrompue. La tendresse s’oppose Ă  la duretĂ© et Ă  l’indiffĂ©rence ; la bontĂ© Ă  la malice et Ă  la malveillance ; l’humilitĂ© Ă  l’orgueil et Ă  la vanité ; la douceur Ă  la colĂšre et Ă  la violence ; la patience Ă  l’impatience et Ă  l’intransigeance. Un rapide examen de conscience nous permettra sans aucun doute de constater que nous sommes effectivement cruellement en manque de ces vertus pour redresser notre spontanĂ©itĂ© naturelle. Mais la disposition centrale, l’humilitĂ©, ne consiste-t-elle pas justement Ă  accepter de tout recevoir de JĂ©sus comme lui-mĂȘme reçoit tout de son PĂšre, dans la conscience qu’en dehors du Christ, nous ne pouvons rien faire (Jn 15, 5) ?

« RevĂȘtez votre cƓur de tendresse et de bontĂ©,
d’humilitĂ©, de douceur, de patience
» (Col 3, 12)

LittĂ©ralement il faudrait traduire : « RevĂȘtez-vous d’entrailles de tendresse » ou de « misĂ©ricorde ». Le rapprochement entre les entrailles, la misĂ©ricorde et la tendresse, Ă©voque la « carte de visite » que Dieu donne Ă  MoĂŻse, lorsque ce dernier lui demande de lui rĂ©vĂ©ler son visage : « Le Seigneur, Dieu tendre et misĂ©ricordieux, lent Ă  la colĂšre, plein d’amour et de fidĂ©litĂ©, qui garde sa fidĂ©litĂ©, supporte faute, transgression et pĂ©ché » (Ex 34, 6). Les sentiments que nous sommes invitĂ©s Ă  faire nĂŽtres procĂšdent de l’Eternel comme de leur Source.

Par ailleurs, le terme entrailles, qui dĂ©signe le siĂšge de nos dispositions les plus intimes, rĂ©fĂšre aussi Ă  l’utĂ©rus : il s’agit de « renaĂźtre d’eau et d’Esprit » pour pouvoir accĂ©der Ă  la vie filiale et fraternelle qui devrait ĂȘtre la condition « normale » du chrĂ©tien. N’est-il pas vrai que dans le domaine spirituel, nous sommes tous « des enfants nouveau-nĂ©s » (1 P 2, 2) ? C’est donc ainsi qu’il faudrait nous contempler mutuellement, quel que soit l’ñge de nos artĂšres. SpontanĂ©ment nous avons tous plus de tendresse, de bontĂ©, de douceur, de patience envers les tout-petits, prĂ©cisĂ©ment parce qu’ils ne sont qu’au dĂ©but de leur cheminement, et que nous n’exigeons pas d’eux ce qu’ils ne pourront acquĂ©rir que progressivement, Ă  mesure qu’ils grandissent et mĂ»rissent. Avouons-le bien simplement : n’est-ce pas le regard que nous espĂ©rons de nos proches ? Un regard qui ne nous enferme pas dans nos limites, mais qui nous invite Ă  oser avancer malgrĂ© notre faiblesse ; un regard qui nous garde sa confiance alors mĂȘme que nous sommes pris en dĂ©faut ; bref : un regard d’espĂ©rance, qui seul peut nous faire naĂźtre au meilleur de nous-mĂȘmes.

Si tel est le regard que nous attendons de nos frĂšres, pourquoi ne pas prendre l’initiative de le leur offrir ? « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilĂ  ce que dit toute l’Ecriture : la Loi et les ProphĂštes » (Mt 7, 12).

« RevĂȘtez votre cƓur de tendresse et de bontĂ©,
d’humilitĂ©, de douceur, de patience
» (Col 3, 12)

La TOB traduit par « revĂȘtez des sentiments de compassion » ; il est dommage que l’expression perde la notion de tendresse. Ce n’est certes pas trahir saint Paul que de lire : « revĂȘtez des sentiments de tendre compassion » ou « de tendresse compatissante ». Compatir signifie Ă©tymologiquement : souffrir (patire) avec (cum) l’autre, faire nĂŽtre sa souffrance, et dĂšs lors : porter son fardeau avec tendresse – ce qui implique beaucoup d’humilitĂ©, de douceur et de patience. De l’humilitĂ© car une telle attitude suppose que nous nous mettions gratuitement au service de ce frĂšre ; de la douceur qui caractĂ©rise la tendresse, et de la patience, lui consacrant le temps qu’il faudra, sans nous rebeller. N’est-ce pas l’attitude du Christ Ă  notre Ă©gard ?

En ce mois oĂč le Seigneur se plait Ă  dĂ©verser ses grĂąces en abondance dans les cƓurs qui s’ouvrent Ă  sa misĂ©ricorde, plongeons notre regard dans le sien pour y dĂ©couvrir que nous sommes aimĂ©s inconditionnellement ; puisons dans son CƓur la tendresse, la bontĂ©, la douceur, la patience dont nous avons vitalement besoin pour ne pas dĂ©sespĂ©rer de nous-mĂȘmes. Nous pourrons alors porter ce mĂȘme regard sur notre entourage et vivre dans la vĂ©ritĂ© de l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous. Ce n’est qu’en partageant ces humbles vertus jour aprĂšs jour, que nous pourrons poursuivre notre route ensemble dans la paix et la joie, malgrĂ© notre faiblesse.

Vous aimerez aussi