Coup de poignard à l’estomac. Marie était enceinte. Déchirement intérieur : Marie était enceinte ! Joseph, stupéfait. Commençait le combat spirituel le plus critique qu’un homme ait jamais mené.

À ce point précis de cette histoire, s’ouvrent deux chemins d’interprétation. Le premier souligne combien l’homme est désemparé devant l’irruption du divin, combien l’époux est décontenancé devant l’apparente infidélité, comment le fils d’Israël hésite sur la manière de mettre en œuvre la Loi implacable. Le second chemin protège le patriarche bien-aimé, met en avant l’unité d’âme avec son épouse, voit sa justice à l’œuvre lorsque, par amour, il s’expose au blâme. Ces deux lignes luttent avec la même idée : à l’Annonciation, Marie aurait été reprise à Joseph, le bonheur conjugal naissant devait céder à l’exigence d’un dessein supérieur : le salut du monde en dépendait.

Raisonner ainsi est mal connaître le Bon Dieu. C’est méconnaître la situation, tout simplement. En effet, la grossesse de Marie rendait nécessaire une parole publique. Les anciens l’attendaient. Le village l’espérait. Marie patientait. Tous scrutaient le silence de Joseph. La vie de Marie était suspendue à la parole de Joseph. Cette tension atteste que Marie était abandonnée à son époux comme jamais : par sa situation matrimoniale, par volonté de Dieu et par décision personnelle. Marie s’est remise avec confiance à Joseph. L’ange le confirmera : « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » (Mt 1,20), car elle n’a jamais autant été sa femme. Marie n’a jamais eu autant besoin de Joseph qu’à l’instant où elle a tout reçu de l’Esprit-Saint.

Entrer dans cette contemplation guérit nos peurs d’un Dieu qui prend. En vérité, Dieu est Père, il ne sait que donner. Marie était enceinte ! Dieu donne le Verbe. Marie était enceinte… Dieu donne Marie à Joseph comme aucun époux n’avait jamais reçu son épouse. Alors que la Nativité se préparait, Dieu a introduit les saints époux dans une alliance qu’aucun autre mariage n’avait scellée.