L’emprise de l’antique serpent sur nos esprits embrumés présente Dieu comme un rival (cf. Gn 3,5.) À en croire le tentateur, Dieu défendrait jalousement ses prérogatives, il prendrait et dominerait par la force. La confiance de saint Joseph contribue à rétablir la vérité.

Dans la scène du recouvrement au Temple, il est en effet aisé de voir en saint Joseph un père absent et humilié. Alors que Marie interroge Jésus – « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » (Lc 2,48) –, le Seigneur affirme l’unique paternité de Dieu – « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » (Lc 2,49.) Cette question ne claque-t-elle pas avec l’insolence de l’adolescence, n’est-elle pas un signe du mépris de Dieu pour l’homme ? On parle de Joseph devant Joseph pour, semble-t-il, le disqualifier, sans lui laisser la possibilité de s’exprimer. Une telle lecture est inspirée par l’idée que Dieu défend ses privilèges et dépouille les hommes de leur grandeur. Cependant l’Évangile conclut : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth et il leur était soumis. » (Lc 2,51.) Après que Dieu a été manifesté comme Père, la paternité de Joseph est réaffirmée, son fils lui est redonné.

L’humilité silencieuse de saint Joseph témoigne qu’en laissant Dieu être grand dans nos vies, on est soi-même grandi et affermi.