Le jour s’assombrit peu à peu. Le soir se présenta bientôt aux portes de l’atelier entrouvertes sur la fraîcheur bienvenue. À cette heure, on percevait encore quelques pas empressés sur les pavés. Le dôme de nuit montait en haut du ciel de Nazareth, chargé d’étoiles grosses et clignotantes, comme les yeux d’un chat qui retient dans l’obscurité des pensées supérieures.

Les jambes ballantes, l’Enfant regardait. Des attitudes de son père, des mouvements de son visage paisible, de ses gestes fatigués, rien ne lui échappait. Il y avait des moments de grand silence, où l’artisan observait la matière et l’évaluait avec la paume de la main. Alors la mine sifflait le long de l’équerre. La scie entêtée râlait et rognait toute résistance. Puis le rabot bègue parlait, s’y reprenant maintes fois pour traverser la longueur de sa phrase. Des copeaux roulaient en sourdine et craquaient sous les pieds, soupirs de victoire du travail qui avançait.

Saint Joseph dans son atelier témoigne que la vraie joie est paisible. La joie du Royaume est une chose habituelle et silencieuse, tout à fait tranquille, non pas batailleuse et passionnée comme on la désire.

En effet, on envie secrètement Zachée éclatant quand Jésus préside le banquet ; on rit, on crie avec le lépreux qui découvre sa guérison et court vers le Seigneur ; on comprend si mal la Vierge Marie dans son exultation chez Élisabeth et Zacharie. On se représente les disciples d’Emmaüs, emballés, et les apôtres, dans les grandes fièvres de la Pentecôte. Le temps de faire des folies pour Dieu est important. Cependant, dans la maison de Marie et de Joseph, on découvre que lorsque Dieu s’approche davantage, lorsqu’il devient familier, l’homme ne peut plus vibrer autant dans l’Esprit-Saint. Parce que c’est trop. Parce que la simplicité de Dieu nous dépasse. Parce que la joie de sa présence est telle qu’elle impose le silence. Le vrai, le beau silence, où les émotions sont dépassées, où vit la louange des anges, où s’épanouit la vertu des saints.

Bon saint Joseph, prends-nous dans ton silence. Fais-nous entrer dans la joie de notre maître.