À l’écart d’une de ces villes où l’avenir se joue, la grotte de Bethléem était donnée en ouverture que l’on découvre à genoux. Elle hissait modestement ses massives colonnes de pierre comme on improvise un lutrin sur une crèche fragile. Solennelle et émue, elle s’égaillait de chants célestes en clé de voûte. Ce soir, toute partition trouverait sa résolution dans la réconciliation unanime. Petite musique de nuit brodée par les anges à chœur ouvert, portées de flambeaux rythmant les gammes d’ombres pressées, étrange musique de chambre composée de sourires étonnés, de bruissements emmitouflés et de bousculades en sourdine : tout entonnait généreusement l’introït du salut. S’y joignait le pupitre des étoiles, l’ensemble des prés et des pâtres orchestrant le mouvement mesuré des troupeaux et la polyphonie pastorale des infréquentables.

Entre les bergers, larrons de réputation, couché sur le bois, l’Enfant posait dans la nuit des hommes le point d’orgue vivifiant, battant des pieds et des mains, de tout son cœur. Petite étoile de David née au foyer des rayons primitifs, elle rayonnait de la joie paisible d’être en famille, tout contre le sein où chantait l’espérance des hommes. À l’entrée, chef d’orchestre respecté et discret, saint Joseph, tout à la joie de ces mélodies, percevait en elles les premières harmoniques de la Passion. Octave terrestre du Père, Joseph invitait tout autant qu’il suppliait : « Restez ici et veillez avec moi ! » (cf. Mt 26,38)