L’évangile de Judas

Ce manuscrit sur papyrus de 25 pages en mauvais état, écrit en copte dialectal (l’antique langue des chrétiens d’Égypte), auquel la revue américaine The National Geographic consacre un long article dans son numéro du mois de mai 2006, a fait le « scoop » de la semaine sainte. La découverte n’est pourtant pas récente : le document bordé de cuir a été découvert dans les années ‘70 dans le désert égyptien près de El Minya. Mais il voyagea quelques années entre l’Europe et les Etats-Unis entre les courtiers et antiquaires avant de rejoindre le musée copte du Caire, et être confié à une équipe de coptologues dirigée par Rudolf Kasser, professeur émérite de l’Université de Genève. Celui-ci fut secondé dans ses travaux par le conservateur du papyrus, Florence Darbre, et l’expert en copte dialectal Gregor Wurst de l’université d’Augsburg (Allemagne).

Ce document, appelé « Codex de Tchacos », supposé selon certains « bouleverser notre approche des Evangiles », ne date pourtant que du IIIe ou IVe siècle. Il s’agit d’une copie d’une version rédigée en grec, datant probablement du IIe s. Cette datation correspond à l’attestation par Saint Irénée, évêque de Lyon, qui dénonçait déjà cet apocryphe gnostique vers le milieu du IIe siècle. Dans l’« Adversus Haereses » (« Traité contre les hérésies ») nous pouvons lire : « Ils déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé l’Evangile de Judas ».

Judas aurait donc été le « disciple bien-aimé », un initié qui n’aurait pas trahi son Maître, mais l’aurait tout au contraire livré à sa demande pour lui permettre de quitter son enveloppe charnelle et retourner vers la lumière. Toujours selon cet évangile apocryphe, Judas ne se serait pas suicidé ; sinon, comment aurait-il pu rédiger ce « récit » ?

Selon Saint Irénée, l’Evangile de Judas serait l’œuvre principale d’une secte appelée « Les Caïnites » (les héritiers de Caïn).

A la question : ce nouveau manuscrit peut-il modifier notre vision des Evangiles ? Le prof. Rodolphe Kasser répond dans une interview paru dans le supplément « Sciences et éthique » du Journal « La Croix » du 11 avril 2006 :

« Oui ; en quelque sorte, la figure de Judas est “réhabilitée” dans ce texte car son rôle négatif trouve une explication positive. Mais il faut dire et redire qu’il s’agit d’une interprétation postérieure, imaginée au IIe s. ap. J.-C. Vous ne trouverez ici aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas l’Iscariote. »