La bibliothèque de Nag Hammadi

La découverte qui permit une avancée décisive dans la connaissance de la littérature gnostique, date des années 1945, et se situe en Haute-Egypte, dans les environs de Chenoboskion, à quelques mille kilomètres au nord des fameux temples de Louksor – plus précisément dans le cimetière du village de Nag Hammadi. C’est là que Mohammed Ali Samman déterra accidentellement une jarre de terre rouge, haute d’un mètre, contenant une douzaine de codices, c’est-à-dire de véritables livres, en papyrus, reliés dans des étuis de cuir brun. Cette présentation permet de dater les treize volumes rassemblant quelques mille pages : c’est en effet au IVe s. que cette forme d’édition l’emporta sur les rouleaux.

Les livres sont des traductions coptes d’originaux grecs datant du IIe s. et constituant une véritable bibliothèque, comportant des textes religieux et hermétiques ; des ouvrages de sentences morales ; des écrits apocryphes ; et curieusement, une ré-écriture de la République de Platon. Ils constituent la source la plus importante pour l’étude du gnosticisme des premiers siècles de notre ère.

Les plus célèbres de ces apocryphes sont les évangiles de Philippe, de Marie et surtout l’Evangile de Thomas. Saint Hippolyte le cite dans son Elenchos ; il est également mentionné par Origène et Cyrille de Jérusalem. L’Evangile de Thomas se compose d’une liste de 114 logia (paroles) indépendants, attribuées au Christ mais d’origines diverses, principalement gnostiques.

Sans entrer dans les détails, précisons seulement que les principaux évangiles gnostiques furent composés dans des milieux égyptiens nourris d’influences perses – le zoroastrisme – et de néo-platonisme.

Tous les apocryphes gnostiques sont postérieurs aux quatre Evangiles canoniques, qui, comme nous l’avons déjà précisé, furent rédigés avant l’an 100, alors que les Evangiles de Thomas et de Marie datent du milieu du second siècle, et que celui de Philippe est postérieur à l’an 200. Le canon de Muratori, qui constitue un des témoignages les plus antiques sur les livres considérés comme inspirés par l’Eglise de Rome aux environs de 170-190, cite exclusivement les quatre Evangiles comme inspirés, ainsi que la plupart des écrits du Nouveau Testament. A la même époque, Saint Irénée, évêque de Lyon, ne reconnaît que les quatre Evangiles comme ayant une origine apostolique et réfute déjà les évangiles apocryphes.