Tout est allé très vite ; trop vite. En quelques années, notre horizon existentiel a totalement changé ; les repères culturels qui ont permis à des générations de se construire dans la continuité avec les générations antérieures, transmettant le flambeau des valeurs qui donnaient sens à la vie et aux efforts de nos parents, ces repères ont été déconsidérés en quelques années.
L’hyper-modernité est experte en déconstruction ; c’est même son activité principale, et elle s’en vante ; mais elle ne propose aucune alternative, aucun idéal à poursuivre, aucune raison de vivre.
L’édifice chrétien a résisté vaille que vaille, en particulier grâce à l’extraordinaire impulsion du plus grand prophète de notre temps, Jean-Paul II, qui a su galvaniser les croyants en rappelant à temps et à contretemps la cohérence anthropologique de la doctrine chrétienne en matière de morale sexuelle et familiale.
Mais au yeux du monde, tous ces efforts sont vains et voués par avance à l’échec : pour Mme Danièle Hervieu-Léger, sociologue fort écoutée dirigeant le Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux à l’Ecole des hautes études en sciences sociales,

« Le séisme qui met à mal de la façon la plus décisive la culture catholique en France, a son épicentre dans les transformations radicales et irréversibles de la famille auxquelles nous assistons depuis trente ans. De toutes les “révolutions” qui ont marqué le dernier tiers du XXème s., la “révolution familiale” est incontestablement la plus profonde et la plus décisive, car elle engage tous les aspects de l’expérience individuelle et collective la plus quotidienne. Cette révolution emporte avec elle un monde culturel, social et symbolique dans lequel les structures de plausibilité du discours de l’Eglise demeuraient relativement préservées, par-delà la perte de son pouvoir social et même par-delà la réduction de son influence directe sur les consciences . »1

Selon notre auteur, l’Eglise s’épuiserait en vain dans un combat d’arrière-garde perdu d’avance, car la révolution de la famille à laquelle nous assistons de nos jours, entraînerait une transformation irréversible des mentalités et des pratiques, s’inscrivant même dans une mutation du droit.
Chaque nouveau document du Magistère, ne ferait que creuser la distance entre le discours de l’Eglise sur le couple, la famille et inséparablement la sexualité, et les évidences unanimement partagées au sein de la société en cette matière.

Nous ne nions pas le déphasage qui s’est instauré ces dernières années entre l’Eglise et la société séculière ; nous pensons même que l’écart risque de se creuser davantage encore au cours des décennies à venir. Mais en quoi cela devrait-il nous étonner ? Depuis quand l’Eglise devrait-elle s’ajuster à l’esprit du monde, afin d’éviter de perdre sa crédibilité, voire sa « clientèle » ?

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent » (Mt 5, 13).

L’avertissement du Seigneur est à prendre au sérieux. Il dénonce indirectement la ruse du monde, qui tente par tous les moyens de nous culpabiliser d’être à la traîne et de ne pas savoir évoluer avec notre temps, dans l’espoir de nous faire entrer dans son idéologie séculière.
En ces temps difficiles, il nous faut tout au contraire nous souvenir de l’appel prophétique qui repose sur nous, et persévérer dans notre belle mission :

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5, 14-15).

Notes :
  1. D. Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d’un monde, Bayard, Paris, 2003, pp. 185-187. [retour]