L’enseignement constant de la foi chrétienne est l’affirmation de l’incompatibilité de la magie et de la foi.

Déjà la Didachê, parmi les voies qui conduisent à la mort, met, à côté de l’idolâtrie, la magie et les incantations1.

Tatien, vers la fin du IIème siècle, entame une dure polémique contre le fatalisme astral dans lequel il voit une forme de pouvoir du démon sur l’humanité2.

Hippolyte, dans la Tradition apostolique, exclut du baptême les magiciens, les astrologues et les devins3.

Tertullien prononce des paroles très sévères à l’égard de tous ceux qui pratiquent la magie :

« Des astrologues, des sorciers, des charlatans de tout acabit, on ne devrait pas même en parler. Pourtant, récemment, un astrologue qui se déclare chrétien a eu l’impudence de faire l’apologie de son métier ! Il est donc nécessaire de rappeler, même brièvement, à cet homme et à ses semblables, qu’ils offensent Dieu en mettant les astres sous la protection des idoles et en faisant dépendre d’eux le sort des humains. L’astrologie et la magie sont des inventions abjectes des démons4 ».

C’est là un jugement qui est partagé par la majorité des Pères de l’Église.

Selon Augustin, la magie est démoniaque ; à l’opposé, la religion chrétienne est victoire sur le pouvoir du démon et en rupture complète avec un tel monde5.

Devant les difficultés des nouveaux convertis à abandonner les anciennes pratiques magiques, la condamnation se fait si forte et massive qu’elle finit par attribuer au démon toute la magie, sous toutes ses formes, identifiée qu’elle est avec la possession diabolique.

Si la position de saint Thomas demeure extrêmement équilibrée6, de nombreux textes, spécialement au Moyen Âge tardif, en viennent à des accentuations excessives, arrivant à développer l’idée du « maléfice » comme un pouvoir que des êtres humains, spécialement des femmes, peuvent exercer sur les autres, après avoir négocié avec le démon la cession de leur âme en échange de pouvoirs préternaturels qu’ils pourraient exercer à vie.

Une idée qui a mené, du XVème au XVIIIème siècles, à la triste histoire des persécutions exercées contre les sorciers et les magiciens. Ces événements, tout en tenant compte du contexte de la difficulté d’un jugement historique a posteriori, restent humiliants pour la chrétienté occidentale.

Nous ne devons pas oublier par ailleurs que, même en ces circonstances, il y a eu des hommes courageux comme Cornelius Loos et le jésuite F. von Spes en Allemagne, qui, au nom de la foi, se sont opposés à de tels excès.

En tout cas, les événements qui se déroulèrent au cours de ces siècles doivent rendre les chrétiens prudents pour juger que la magie est un effet direct – toujours et en toute circonstance – du démon.

Par ailleurs, du point de vue théologique, on ne peut raisonnablement réduire la réalité des pratiques magiques, spécialement celles de la magie noire, seulement à un phénomène psychique déviant ou à un simple acte peccamineux de l’homme.

On ne peut exclure qu’il y ait dans ces pratiques une action ou une dépendance de Satan, l’adversaire juré du Seigneur Jésus et de son salut.

Le diable – comme nous l’enseigne l’Apocalypse – emploiera jusqu’à la fin des temps tout ses pouvoirs et sa sagacité pour tromper les baptisés et s’opposer à la pleine réalisation du projet salvifique de Dieu sur le monde.

« Un dur combat contre les puissances des ténèbres – affirme le Concile Vatican II – passe à travers toute l’histoire des hommes ; commencé dès les origines, il durera, le Seigneur nous l’a dit, jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille, l’homme doit sans cesse combattre pour s’attacher au bien ; et ce n’est qu’au prix de grands efforts, avec la grâce de Dieu, qu’il parvient à réaliser son unité intérieure » (Gaudium et spes, 37).
Notes :
  1. Didachê, 1, 5. [retour]
  2. Tatien, Oratio ad graecos, 8-11 et 16-19. [retour]
  3. S. Hippolyte, Traditio apostolica, 41. [retour]
  4. Tertullien, De idolatria, IX, 1. [retour]
  5. S. Augustin, De doctrina christiana, II, 35-36. [retour]
  6. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II, a. 1-8. [retour]