Dans le cadre1 de l’action sacramentelle de l’Église, les bénédictions ont une signification bien particulière. Si les exorcismes expriment la lutte de l’Église contre les puissances du mal, les bénédictions manifestent la splendeur du salut du Ressuscité, désormais présent dans l’histoire comme un principe nouveau de transfiguration de la vie de l’homme et du cosmos.

« Bénir » est en effet un acte sacramental de l’Église dans lequel se manifeste la foi en la présence active de Dieu dans le monde et la victoire pascale du Seigneur Jésus.
C’est en ce sens que doit être mis en valeur le nouveau Livre des bénédictions, maintenant édité en italien, qui donne une riche série de formulaires de bénédiction des personnes, des groupes familiaux, des demeures et des activités de l’homme, pour les diverses circonstances et situations de la vie.

Il importe seulement que le concept de bénédiction et le recours à celle-ci soient compris de manière adéquate, en évitant la superposition ou la collusion entre la pensée de l’Église et une mentalité marquée par la superstition, qui peut en arriver à réduire la prière de bénédiction à un acte plus ou moins magique2.

Selon la conception biblique, reprise et rappelée dans l’introduction du Livre des bénédictions, l’acte de bénédiction s’articule en un double mouvement : ascendant et descendant. Dieu est celui que l’on bénit et celui qui bénit.
Le premier mouvement est celui de la louange de Dieu, une louange pleine de reconnaissance et d’action de grâce pour les œuvres admirables qu’il a accomplies en notre faveur dans l’ordre de la création comme dans celui de la rédemption ; c’est lui, en effet, qui le premier, de toute éternité, « nous a bénis de toute bénédiction spirituelle aux cieux, dans le Christ » (Ep 1, 3).

C’est de cette conscience que découle le second mouvement de la bénédiction, le mouvement descendant : Dieu est celui qui bénit, celui qui est invoqué pour qu’il nous donne sa grâce et sa protection dans les multiples situations personnelles, familiales et sociales de la vie.

Comme l’écrit le Livre des bénédictions : « Dieu bénit en effet en communiquant et en annonçant sa bonté. Les hommes bénissent Dieu en proclamant ses louanges, en rendant grâce, en lui rendant le culte et le respect de leur dévotion. Quand on bénit les autres, on invoque l’aide de Dieu sur chacun et sur tous ceux qui sont réunis en assemblée3 ».

En tant que sacramental, la bénédiction suppose une attitude fondamentale de foi pour opérer ce qu’elle signifie, et exige une réponse de vie en rapport à ce que l’on célèbre par elle4.

« Bénir : Bien-dire » (bene-dicere), comme l’évoque le nom, aussi bien en hébreu (barak) qu’en grec (eu-logein), signifie « dire du bien » de Dieu afin que, en le reconnaissant et en implorant son aide et l’intercession de Marie et de tous les saints, il puisse nous donner ses dons, dans le vécu concret de notre existence chrétienne.

Que les prêtres, donc, accueillent volontiers ceux qui demandent des bénédictions particulières sur les personnes et les choses, mais qu’ils aient la préoccupation à chaque fois d’expliquer, soigneusement et clairement, qu’aucune bénédiction n’a d’efficacité sans les dispositions requises chez celui qui la reçoit, à commencer par le renoncement au péché.

Dans le cas contraire, la bénédiction risque d’être vidée de son sens authentique, et même il y a danger qu’elle soit assimilée à une amulette ou autres objets semblables, ou qu’elle soit réduite à un geste contraire à la foi et à la cohérence de vie demandée par l’Évangile5.

Notes :
  1. Lettre pastorale : Magie et démonologie, DC 2104(1994)988-998 [retour]
  2. Livre des bénédictions (LB), prémisses, 8-14. [retour]
  3. LB, 5. [retour]
  4. Plus en détail : Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1667-1770 pour les sacramentaux, et 1671-1672 pour les bénédictions. [retour]
  5. LB, 15. [retour]