Il faut préciser1 que l’action de Satan, même dans la forme la plus grave qu’est la possession, ne peut pas concerner la domination sur l’âme, mais uniquement l’usage du corps, comme le rappelle saint Thomas, exprimant à cet égard la position traditionnelle de la réflexion théologique :

«À cause de leur subtilité ou spiritualité, les démons peuvent pénétrer dans les corps et y résider ; à cause de leur puissance, ils peuvent les mouvoir et les troubler. Donc les démons peuvent, en vertu de leur subtilité et de leur puissance, s’introduire dans le corps de l’homme et le tourmenter, à moins qu’ils n’en soient empêchés par un pouvoir supérieur. C’est ce que l’on appelle posséder, assiéger… Mais pénétrer dans l’intime de l’âme est réservé à la substance divine2 ».

Quant aux motifs pour lesquels Dieu peut permettre la possession, on peut en nommer certains, sans prétendre dévoiler le mystère des justes délibérations divines :
-# Pour manifester sa gloire (en contraignant le démon, par la bouche du possédé, à confesser la divinité du Christ ou la gloire de Dieu).
-# Pour punir le péché ou corriger le pécheur.
-# Pour nous instruire et nous rappeler la lutte contre Satan, la nécessité de la prière et de la conversion. Ajoutons que, ne pouvant exercer de domination sur l’âme, le démon ne peut pas se servir de la liberté humaine comme il se sert des organes corporels pour les faire agir selon sa volonté3.

Tous les moyens qu’il est capable de mettre en œuvre pour induire l’homme à vouloir ce qu’il veut, sont la peur, la terreur et la fascination de l’esprit devant la puissance extraordinaire qui se manifeste par les effets produits sur le corps.

En conséquence, la perte de la liberté chez l’homme ne peut découler que d’un refus volontaire de sa part. Le chrétien sait qu’il conserve en lui la capacité de résister aux influences du démon : en lui, en effet, la vérité de la foi est le principe d’une liberté nouvelle (cf. Jn 8, 32-36 ; Ga 5, 1. 13).

La victoire de Jésus, par sa Croix et sa Résurrection, comporte la défaite définitive de Satan (cf. Jn 12, 31-32). Le chrétien est conscient qu’il a été rendu participant de cette victoire (cf. Jn 16, 33). Sa confiance devant les attaques du diable se fonde sur la grâce de Dieu qui confère à la libre volonté de l’homme le pouvoir de participer de manière efficace à la lutte victorieuse du Christ : « Le Seigneur est fidèle, il vous protégera du Mal » (2 Th 3, 3 ; Ac 20, 32). « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? », s’exclame saint Paul. Et il conclut : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ, notre Seigneur » (Rm 8, 31. 38-39).

C’est là la certitude indestructible du chrétien. Il est conscient d’une action de Satan dans le monde et du danger qu’il représente (cf. Ep 6, 11-12) mais il ne vit aucunement dans la peur parce qu’il est certain que dans le Christ, son Seigneur et Maître, cette action a été définitivement vaincue.

Il professe son espérance, pleine de joie et de confiance, en la pleine manifestation de la gloire de Dieu et de ceux qui ont été rachetés dans la Jérusalem céleste.

Dans l’attente, il s’efforce d’être vigilant comme le maître de maison ou la jeune fille de la parabole qui attend l’Époux (cf. Mt 24, 37-44 ; 25, 1-13), et de multiplier les talents qu’il a reçus en don, afin qu’il soit reconnu comme « un bon et fidèle serviteur », quand le Seigneur reviendra pour achever son œuvre (cf. Mt 25, 14-30).

Notes :
  1. Lettre pastorale : Magie et démonologie, DC 2104(1994)988-998 [retour]
  2. S. Thomas, In IIm. Sent., dist. VIII, part. II, a. 1, q. 1 et 2. [retour]
  3. S. Augustin, De Spiritu et anima, 27 ; De ecclesiasticis dogmatibus, 50 ; S. Thomas, In IVm Sent., 1, II, dist. VIII, q. 1, a. 5, ad 6m; Somme théol., Ia, q. 114, a. 1-3. [retour]