« Les recherches menées par William Sheldon sur les différents tempéraments humains l’ont conduit à dégager trois types de tempéraments, qu’il nomme viscérotonique, somatotonique et cérébrotonique. Rien ne peut changer l’orientation fondamentale du tempérament : il est l’une des expressions du karma. Chaque type apporte une contribution spécifique à la religion. Ainsi c’est à cause du viscérotonique que les églises et les temples sont splendidement décorés et que les rituels sont aussi élaborés. Les religions doivent aux somatotoniques ce qu’elles ont d’énergie et de dureté. La grande contribution du cérébrotonique est le mysticisme, l’adoration, la contemplation.

Lequel des trois types est le plus apte à découvrir la vérité de la réalité ultime ? C’est dans la pure contemplation (esprits cérébrotoniques) que les êtres humains se rapprochent le plus, dans leur vie présente, de la vision béatifique de Dieu. »

Aldous Huxley, Dieu et moi

Pour notre auteur, les différentes Traditions religieuses tendent vers un même idéal – l’union à Dieu – selon des voies où domine l’un des tempéraments décrits. Ainsi le chemin de l’Islam serait à dominante somatotonique, tandis que le confucianisme semblerait essentiellement viscérotonique. Jusqu’au début du XXe s., le christianisme était principalement viscérotonique et cérébrotonique, mais « fortement associés à des éléments de nature puissamment somatotonique ». Depuis, cette tendance se serait encore développée, au détriment des aspects cérébrotoniques.

Heureusement pour les chercheurs de Dieu, les religions de l’Inde auraient su garder leur dominante « viscérotoniques et cérébrotoniques privilégiant le rituel et le mysticisme ». C’est donc elles qui selon notre auteur seraient les plus aptes à conduire nos contemporains à l’union à Dieu.

Nous ne pouvons d’aucune manière adhérer à la description réductrice des religions proposée par A. Huxley. Selon lui, les religions ne seraient que des œuvres humaines marquées par les tempéraments dominants des peuples qui les ont conçues. Notre auteur en tire la conclusion : « Ce serait dès lors manquer gravement de sagesse que de promouvoir l’un de ces moyens purement relatifs au rang d’absolu dogmatique. Nous n’avons nullement le droit de procéder à la quasi-déification d’une Eglise ni de soutenir le dogme de son infaillibilité. Mutatis mutandis, on peut dire la même chose des rites ou des sacrements ».

Cette affirmation est la conséquence logique du relativisme religieux qu’Aldous Huxley pose a priori, et qu’il tente ensuite de justifier par une analyse plus que fantaisiste des religions à la lumière d’une classification des tempéraments humains.

Nous confessons dans la foi que le christianisme est fondée par le Christ Jésus lui-même, le Verbe de Dieu fait chair pour nous ouvrir à nouveau le chemin vers son Père et notre Père. Certes les tempéraments humains peuvent influer sur les expressions de la foi au cours des temps et selon les cultures. Mais la foi elle-même est au-delà des déterminismes psychologiques : elle est une grâce surnaturelle, nous permettant de reconnaitre le Christ Jésus comme unique Seigneur et Sauveur, et de nous unir à lui dans l’Esprit. Quant à l’Eglise, « elle est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (CONCILE VATICAN II, Constitution dogmatique sur l’Eglise : Lumen Gentium, I, 1).