« L’Univers est un. La diversité n’est que le produit d’une division de notre mental qui s’appuie sur nos cinq sens. Il ne s’agit pas de mépriser le mental. La science, qui en est aussi le produit, démontre son utilité et son danger. Mais la science n’est qu’un instrument à la disposition de l’être humain afin qu’il puisse survivre dans un monde d’énergie dense – la matière. Le mental divise une réalité qui est une. On peut découvrir d’innombrables vérités, mais la réalité n’est qu’une. Cette réalité une et indivisible peut être expérimentée comme étant lumineuse et vivante, si nous voulons dépasser la phase intellectuelle propre à l’ego qui nous maintient dans l’égocentrisme et dans l’égoïsme. De l’ego freudien il nous faut évoluer pour découvrir en nous-mêmes cette conscience universelle et cosmique, cet espace transfini. Ce centre se perçoit comme une source qui engendre sa propre énergie. A ce moment-là on se fond avec l’universel et on découvre qu’on en a toujours fait partie. L’être paradoxalement, devient ce qu’il a toujours été : l’Etre. »

P. Weil, L’homme sans frontières

La « psychologie transpersonnelle » prétend conduire la psychologie au-delà de la dualité dans laquelle évolue encore la psychiatrie freudienne, vers l’expérience unitive dont parle la mystique – plus exactement le mysticisme naturaliste, mais notre auteur ne fait pas cette distinction ! Le projet de cette nouvelle école est de donner des lettres « scientifiques » aux fameux « états de conscience modifiés », obtenus par les techniques venues d’Orient, voire par l’absorption de drogues hallucinogènes. Cet état transpersonnel serait atteint au terme d’une démarche régressive remontant en amont du développement intra-utérin (phylogenèse), en amont du spermatozoïde et de l’ovule qui ont ensemble constitué la cellule souche de l’individu, en amont des particules – molécules et atomes – qui constituent les pierres élémentaires du monde biochimique, jusqu’au Fondement ontologique ultime, c’est-à-dire jusqu’à l’Etre primordial (ontogenèse). Celui-ci se manifesterait comme une Energie cosmique, au sein de laquelle apparaîtrait, par le jeu de forces antagonistes, la dualité, puis la multiplicité, engendrant les différents niveaux de réalité et de conscience. Au terme de la démarche régressive, la fusion avec cette Energie originaire mettrait fin à toute expérience d’altérité, d’espace ou de temps.

Ce discours à l’allure scientifique, et truffé de références aux travaux de chercheurs en tous genres, devrait cependant alerter le lecteur chrétien. Cette voie n’est pas celle que nous propose le Christ des Evangile. Celui-ci nous appelle tout au contraire à nous engager sur un chemin de filiation en réponse à l’appel personnel d’un Dieu que Jésus nous apprend à nommer « Père ». La finalité de la démarche chrétienne n’est pas une fusion indifférenciée avec les Energies cosmiques, au terme d’une démarche ré-gressive infra-personnelle, mais tout au contraire la pro-gression vers une communion personnelle avec Dieu dans l’amour, c’est-à-dire dans un don réciproque qui respecte l’altérité des Personnes. Vu son importance, nous aurons à approfondir la proposition de la psychologie transpersonnelle. Car il s’agit du Cheval de Troie grâce auquel le Nouvel Age compte introduire son paradigme naturaliste et holiste dans le monde de la psychologie et de la psychothérapie. Sa prétention d’intégrer les efforts des écoles psychologiques antérieures dans une synthèse qui sauve leurs acquis tout en conduisant leur effort à son accomplissement, est particulièrement séduisante. La psychologie transpersonnelle se présente aussi comme le point de jonction tant recherché entre la sagesse séculaire orientale et la pensée « scientifique » occidentale, voire même entre les sciences physiques, biologiques et humaines. Bref la voie royale pour faire l’unité de toutes les connaissances en donnant accès à une saisie expérimentale de la Réalité Une, sous-jacente à la multiplicité illusoire.