« L’Apprenti franc-maçon doit refaire son entrée dans le monde et recommencer une nouvelle vie. Dans le cabinet obscur où il est enfermé, seul avec lui-même, il remonte le cours de sa vie afin de tuer le vieil homme. Il est revenu dans le ventre de sa mère, la Terre, vierge noire, afin de lui faire ses adieux avant de renaître pour vivre en harmonie avec le monde nouveau où ses Frères l’attendent dans le recueillement et la joie, afin de l’accueillir dans la lumière et de l’aider à refaire sa vie auprès du père retrouvé. «Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : “Ils n’ont plus de vin”. Jésus lui répondit : “Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue”» (Jn 1, 2). Les adieux à la mère étant faits, les Frères de la Loge viendront chercher le candidat. Celui-ci, ayant laissé dans le tombeau la dépouille du vieil homme, remontera vers la lumière. Après qu’il ait subi symboliquement les épreuves élémentaires, le bandeau qui couvrait encore ses yeux tombera, il verra la lumière et retrouvera le père dont il s’était cru orphelin. Ayant accepté de dépouiller l’être meurtri qu’il portait comme un fardeau, il revivra pleinement, en chair et en esprit.«Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit» (Jn 3, 6). Le souvenir inoubliable de la cérémonie initiatique marque au cœur de chaque franc-maçon le vrai commencement de la vie. Il a été reçu en Frère parmi ses Frères dans une rayonnante famille d’élection où il va forger son courage, sa foi et sa confiance dans l’immense famille humaine où il sera désormais un homme nouveau. »

Richard Dupuy, La foi d’un franc-maçon

Nous ne publions pas cet extrait pour analyser l’initiation franc-maçonne – nous renvoyons pour cela à notre ouvrage : « Quand le voile se déchire » – mais pour dénoncer l’utilisation abusive des Ecritures dans la présentation de cette démarche. Par deux fois Mr R. Dupuy – qui a occupé treize fois les fonctions de Grand Maître de la Grande Loge de France – se permet de glisser quelques versets de l’évangile de saint Jean dans son discours, laissant ainsi sous-entendre que son propos interprète les passages cités. Le procédé est courant dans les écoles ésotériques occidentales, qui tentent ainsi de « récupérer » à leur profit les Ecritures, et surtout les croyants ! Une fois posé l’a priori (réducteur !) que l’Evangile est uniquement symbolique, toutes les interprétations sont permises et se justifient au nom d’une soi-disant connaissance supérieure, intuitive, acquise grâce à l’illumination initiatique. Les paroles grandiloquentes ne parviennent cependant pas à cacher la pauvreté du psycho-drame initiatique, dans lequel l’illumination spirituelle est suggérée par l’éblouissement provoqué par quelques spots dirigés sur l’adepte, au moment où lui est enlevé le bandeau qui couvrait ses yeux. En fait, la mise en scène a pour but d’aider le postulant à renoncer à ses références anciennes – opinions, croyances, mais aussi sa foi – pour accéder à l’autonomie d’une raison prétendument purifiée de tout a priori. L’adepte est alors prêt à engager le travail de maçon, qui est supposé lui donner accès à la conscience de sa divinité naturelle.

Le vocabulaire, emprunté au christianisme – « Vie nouvelle », « frères », « foi », « homme nouveau » – ne devrait pas nous abuser : la voie maçonnique n’a pas grand-chose à voir avec le chemin du disciple du Christ, qui se glorifie de ses faiblesses et de la Croix de son Seigneur (2 Co 12, 9), et non de ses propres oeuvres. Le maçon, lui, prétend tout au contraire accomplir lui-même le Grand-Œuvre, ne comptant que sur ses seules forces et le soutien fraternel de ceux qui avancent avec lui sur le chemin royal de la théurgie (auto-divinisation de l’homme). R. Dupuy précise en effet que le maçon doit d’abord acquérir « la maîtrise du moi par l’identification de son microcosme individuel au macrocosme cosmique » ; puis, « ayant réussi à s’exalter aux dimensions du monde, c’est de l’intérieur qu’il travaille à son perfectionnement ». Cette dernière citation permet de situer la doctrine franc-maçonne dans la famille des naturalismes ésotériques, dont l’idéologie est incompatible avec la Révélation évangélique, comme nous avons déjà pu maintes fois le montrer.