« Dans leur origine et dans l’éternité, Dieu, l’âme et l’Homme sont, comme l’univers et tout ce qu’il contient, un avec l’Unité absolue, l’essence divine inconnaissable.
La seule Réalité universelle et éternelle projette périodiquement un reflet d’elle-même sur les profondeurs infinies de l’espace.

Ce reflet, qui apparaît comme l’univers objectif et matériel aux yeux des hommes, l’ésotérisme le considère comme une illusion temporaire et rien de plus. Seul ce qui est éternel est réel. »

H.P.Blavatsky, La clé de la Théosophie

Le terme de monisme, en philosophie, « désigne toute doctrine qui considère que l’être est explicable par un principe unique : la matière ou l’esprit. Il signifie aussi le point de vue selon lequel tout ce qui est, suit de Dieu ; dans cette acception, le monisme est nommé panthéisme1. »

Il est difficile de concevoir ce que peuvent bien être ces « profondeurs infinies de l’espace », si Dieu est l’unique Réalité universelle. C’est bien en Dieu que s’opère une péripétie par laquelle sont engendrés les univers, qui seraient selon cette vision, de nature divine :

« Dieu, l’âme et l’Homme sont, comme l’univers et tout ce qu’il contient, un avec l’Unité absolue, l’essence divine inconnaissable ».

Selon un autre auteur, A. Dauge, l’univers entier serait

« le déploiement éternel et illimité de l’Essence suprême, l’effusion sans commencement ni fin de la nature créatrice de Dieu, comme éternel jaillissement des possibilités de l’Essence2 ».

Dieu se présenterait comme

« un Vivant unique, autonome, à la fois impliqué et non impliqué dans le jeu cosmique, source infinie d’archétypes, de courants d’énergies, de reflets et d’images de Lui-même, lieu par excellence de diffusion et de convergence d’innombrables partenaires ou miroirs.

Un Vivant qui est à la fois transcendant à tous les possibles, immanent à tous les modes de réalité, et œuvrant à travers tout.

On peut fort bien l’appeler Dieu ou le Divin. Le Rien, le Tout, et le Conscient multimodal en constante évolution3 . »

Le croyant ne saurait adhérer à une telle doctrine : l’être divin est sans commune mesure avec l’être de la créature : un abîme ontologique sépare le créé de l’Incréé.

L’analogie de proportionnalité nous permet d’entrevoir que la créature participe à l’être dans la mesure de son essence finie, imparfaite, limitée ; alors que Dieu est l’Etre infini, parfait, illimité.

Entre l’Etre divin et l’être créé, il n’y a pas de solution de continuité, comme si Dieu était plus grand que tout ce qui peut se concevoir dans l’ordre créé. Dieu est simplement autre, il est le « Tout-Autre », le Kadosh. Il est par lui-même, il est subsistant, alors que la créature n’existe que par lui, dont elle reçoit à chaque instant « la vie, le mouvement et l’être ».

Au monisme, le judéo-christianisme oppose donc une dualité ontologique qui distingue radicalement l’Etre divin incréé, de l’être participé de la créature.

Notes :
  1. A. Billecoq, article “Monisme”, dans Encyclopédie Philosophique Universelle, Les notions philosophiques, vol.2, éd. P.U.F., Paris 1990, p.1680. [retour]
  2. Y. A. Dauge, L’ésotérisme pour quoi faire ? éd. Dervy-Livres, Paris 1986, pp.100-101. [retour]
  3. Y. A. Dauge, L’ésotérisme pour quoi faire ? op.cit., p.209. [retour]