On a retenu du philosophe Feuerbach que Dieu serait une invention parée des qualités essentiellement humaines. Libérer l’homme consisterait dès lors à dépouiller Dieu, afin de restituer à l’homme ce qui lui est propre.

Et voici les croyants devenus obscurément craintifs d’emprunter indûment à Dieu pour draper la misère humaine. Mais comment l’homme dépouillerait-il son Créateur ? Et surtout : que reste-t-il à prendre, quand Dieu s’est livré lui-même entre nos mains ? Quand il a livré son Fils unique ? Quand il a choisi de faire en nous sa demeure ? Quand il nous drape de sa propre gloire ?

Ainsi saint Joseph est-il créé pour être à nos yeux l’image de la paternité de Dieu. Une paternité véritable, don de Dieu, et non d’emprunt. Il n’y a rien à prendre au Père éternel pour le prêter à saint Joseph, père par procuration. Il n’y a pas à écarter Joseph, de peur qu’il ne fasse de l’ombre au Père.

D’aucuns objecteront : « Nous n’avons qu’un seul Père : c’est Dieu. » Mais ceux-ci n’ont connu ni Jésus ni le Père : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez », réplique le Seigneur (cf. Jn 8,41-42). À vouloir Dieu immédiatement pour père, on manque et le Fils et le Père.

Saint Joseph, sois notre père ! Nous voulons aimer Jésus, nous voulons Dieu pour Père !