Monseigneur Georges Soubrier, évêque émérite de Nantes, nous a fait la joie de venir cette année présider le grand pèlerinage du 1er mai à Saint-Joseph de Mont-Rouge. Dans son homélie, il nous invite à demeurer en chemin pour être toujours davantage, à la suite de saint Joseph, des serviteurs fidèles et des veilleurs, « ajustés » à Dieu.

« Comme vous avez pu le remarquer, ce n’est pas une crosse que j’avais entre les mains durant la procession, mais le bâton qui fait partie de la belle statue de saint Joseph dans le hall d’accueil de la maison, et c’est tout un symbole.

Ce bâton, que j’ai pour ainsi dire reçu des mains de saint Joseph, m’a inspiré dans la préparation de cette homélie. Je me suis dit que j’allais recevoir des mains de saint Joseph la Bonne Nouvelle que j’allais partager avec vous aujourd’hui. Ce bâton évoque un chemin ? vous l’avez traduit tout à l’heure, vous qui avez marché jusqu’ici ce matin, vers ce sanctuaire ? et nous sommes tous et toutes en chemin, quelles que soient les raisons qui font que nous sommes ici aujourd’hui : peut-être la tradition – on ne voudrait pas manquer ce pèlerinage – peut-être aussi une intention que nous portons plus fortement en nos cœurs, une grâce que nous voudrions demander par l’intercession de saint Joseph, ou bien tout simplement parce qu’on a entendu parler de cette fête et que l’on est venu voir… À chaque étape de la vie, dans la diversité et la symphonie de nos vocations, dans nos diverses réponses à l’appel de Dieu, nous sommes tous et toutes en chemin pour essayer, comme nous l’avons entendu dans le passage de la Lettre aux Colossiens, de mettre l’amour au-dessus de tout.

Alors, que désirons-nous ?

Que demandons-nous par l’intercession de saint Joseph ? Eh bien nous voudrions nous laisser un peu plus transformer par l’appel de Dieu pour pouvoir dire : « Seigneur, ah je voudrais répondre un peu plus à ton amour ! » Mais en même temps, nous voudrions devenir un peu plus humain. Ce qui manque à notre monde d’aujourd’hui, c’est d’être vraiment humain. Le pape François, dans son encyclique sur la foi, dit ceci : « Nous ne pouvons pas être pleinement humains quand nous ne sommes qu’humains, c’est-à-dire si nous ne laissons pas Dieu nous conduire au-delà de nous-mêmes, pour donner le meilleur de nous-mêmes. »

J’ai lu ce témoignage de quelqu’un qui a vécu bien des épreuves dans sa vie et qui disait : « je ne peux pas délaisser le Seigneur, parce que c’est grâce à Lui que je deviens tous les jours un peu plus moi-même, que je révèle le meilleur de moi-même ». Alors pour vivre ainsi, en nous laissant transformer par l’amour du Seigneur pour donner le meilleur de nous-mêmes, nous avons le témoignage de saint Joseph. Quand on parle de saint Joseph, que dit-on avant tout de lui ? Il est le juste, il est le serviteur, il est le veilleur.

– Il est le juste : celui qui a vécu, dans ses relations avec Dieu et avec les autres cette justesse. Il est difficile dans la vie de conjuguer la vérité et l’amour : on ne peut pas aimer sans être vrai, et on ne peut pas être vrai non plus sans aimer. Saint Joseph est celui qui a toujours été à sa juste place. Il n’a pas cherché à se faire valoir, il a cherché à répondre à ce que Dieu attendait de lui. Il était pleinement accordé, ajusté à Dieu. Pourtant, il a été bien des fois déconcerté… Tout ne s’est pas réalisé selon ce qu’il avait prévu ! Mais chaque fois, il s’est manifesté juste, parce que ce qui a compté, c’est ce que le Seigneur attendait de lui. Eh bien, c’est la grâce que nous aussi, aujourd’hui, devons sans cesse demander, pour nous-même, pour l’Église et pour notre société, par l’intercession de saint Joseph.

– Joseph le serviteur

Le serviteur fidèle, c’est le mot qui revient le plus souvent pour caractériser saint Joseph, parce que ce qui comptait le plus pour lui, c’était ce trésor qui lui était confié : Jésus, la Vierge Marie ; il s’est effacé, et il a trouvé toute sa vraie mesure dans le service. Il n’a pas cherché son intérêt, il s’est fait serviteur, et certaines fois dans des situations difficiles : naissance de Jésus à Bethléem, persécution, fuite en Égypte… Serviteur aussi – et c’est ce que nous fêtons aujourd’hui – dans le travail quotidien. Il n’a pas recherché de privilèges, il a trouvé sa joie dans le service, parce que tous les autres étaient comme un don pour lui. Celui qui venait se donner au monde pour le sauver, l’appelait, lui, Joseph, à être serviteur dans toutes les circonstances de la vie. Aucune peur dans la réponse de saint Joseph à cet appel, mais seulement une réponse d’amour au Dieu d’amour qui se manifestait à lui. On ne sert pas les autres par intérêt, ni par peur. On les sert par amour, parce qu’il y a un amour plus grand que notre amour. Chaque fois que nous découvrons un être humain dans l’amour, nous nous mettons en condition de découvrir quelque chose de nouveau de Dieu. En apprenant l’autre, nous apprenons Dieu. C’est cela être serviteur à la manière de saint Joseph. Le Pape est le serviteur des serviteurs de Dieu. Je retiens un geste éclairant du pape François : après son élection, lorsqu’il lui a été demandé de donner sa bénédiction, sa réponse fut : « Mais c’est vous qui allez d’abord demander la bénédiction de Dieu sur moi ». « La lumière du visage de Dieu m’illumine à travers le visage du frère », dit-il dans son encyclique sur la foi.

– Et enfin, saint Joseph le veilleur. On ne peut être veilleur à l’image de saint Joseph que si l’on a un horizon devant soi. Pour lui, il s’agissait bien sûr de l’horizon de sa foi. Le veilleur est celui qui à la fois regarde au loin, et scrute les signes qui lui sont donnés dans la vie de tous les jours. Je terminerai en associant la figure de saint Joseph veilleur au pape Jean-Paul II qui vient d’être canonisé en même temps que Jean XXIII. Lors des journées mondiales de la jeunesse à Toronto, en 2002, alors que le pape Jean-Paul II, éprouvé dans sa santé, n’était plus le « sportif de Dieu » (dixit le cardinal Marty) que l’on avait connu, il encouragea les milliers de jeunes présents, avec leurs veilleuses à la main, en ces termes : « Même une petite lumière vacillante peut soulever le lourd manteau de la nuit. » Vous savez, quand il fait nuit, il suffit parfois d’un peu de lumière pour repérer un chemin. Eh bien ce Pape, à travers sa faiblesse, disait qu’il était un veilleur. Dans nos vies bien bousculées aujourd’hui, il y a toujours cette petite flamme… en chacun d’entre nous, il y a cette petite flamme. Bien sûr, on peut se demander : « Qu’est-ce que cela face à tous les problèmes de notre société, toutes les détresses qui agitent le monde !… » Eh bien, même une petite flamme peut soulever le lourd manteau de la nuit !

Frères et sœurs, mes amis, voilà ce que nous recevons par les mains de saint Joseph. Nous sommes appelés, les uns et les autres, à nous ajuster à ce que Dieu attend de nous, à être serviteurs. Nous ne sommes jamais des serviteurs insignifiants, même si nous cheminons dans l’humilité, voire même parfois dans l’oubli. Et nous sommes aussi ces veilleurs. À travers nous, le Seigneur fait signe au monde. Et dans chaque Eucharistie nous recevons les grâces nécessaires pour répondre à l’appel du Seigneur et pour donner le meilleur de nous-mêmes. Amen. »