Inaugurer un monastère est un événement très rare et nous sommes tous dans la joie et l’émerveillement en voyant achevé un travail commencé depuis longtemps. Que le Seigneur le bénisse, non seulement les murs, mais aussi celles et ceux qui vont l’habiter.

Je voudrais réfléchir avec vous à ce que représente la vie monastique dans un diocèse. De quoi s’agit-il ? Avant tout, elle est une recherche amoureuse du Christ à travers toute la vie, une écoute du Christ, un regard sur lui, une méditation assidue de sa parole pour le rencontrer, et en faire le centre de son existence. Depuis les origines du christianisme, des hommes et des femmes sont partis au désert parce qu’ils ont perçu que Dieu désirait leur parler au cœur. C’est ce qui constitue le fond de chacune des histoires de notre foi. Dieu nous appelle et il espère une réponse de notre part ; il la suscite, mais nous restons totalement libres de la réponse. Les sœurs et frères qui vivent une vocation monastique font de toute leur vie une prière permanente, c’est-à-dire une réponse à Dieu qui les a saisis.

De l’extérieur, certains pourraient dire qu’il y a tant à faire dans notre monde qu’il n’est pas raisonnable de s’en retirer. Mais c’est une vue très superficielle car, aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de témoins du Seigneur, de témoins qui le soient par leur parole, une parole d’amoureux de Dieu, une parole qui se livre dans les mots de tous les jours, une parole qui est aussi leur manière de vivre en frères et sœurs dans la paix du cœur.

Chaque matin, la première parole de la liturgie est « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche publiera ta louange ». Elle signifie que c’est Dieu qui donne tout, à commencer par la capacité de le louer dès le matin. Le fait de se tenir à l’écart pour être tout entier disponible pour Dieu, n’est-ce pas une manière de rejoindre Jésus qui disait à la Vierge Marie et à saint Joseph « ne faut-il pas que je sois aux affaires de mon Père ? ». Et tout à l’heure le psaume chantait : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur ! »

Une autre dimension de la vie contemplative qui est bénéfique pour l’Eglise et pour le monde, c’est la manière dont on y vit les relations fraternelles. Une communauté monastique est appelée à être comme un Évangile vivant où l’on peut découvrir l’amour de Dieu mis en pratique ; il s’agit de vivre une véritable communion fraternelle. Une telle communauté, disait un abbé de monastère bénédictin, est un rassemblement de personnes qui n’ont rien d’exceptionnel, c’est un peu comme un échantillon de l’humanité moyenne. On peut penser à la règle de Saint Benoît et à la manière dont il parle des moines, sans cacher les limites qui viennent des uns et des autres. Un monastère est une communauté de pécheurs qui cherchent à vivre au mieux, patiemment, le difficile travail de leur conversion dans la confiance dans la miséricorde du Seigneur et celle de leurs frères ou sœurs. Cet abbé disait aussi que dans un monastère se trouvent précisément les gens qui en ont le plus besoin. Peut-être exagérait-il un peu ! Mais la vie communautaire qui s’enracine dans la prière communautaire et personnelle, dans la célébration de l’eucharistie, cherche à réaliser ce qu’est un véritable amour fraternel. N’est-ce pas ce que saint Paul proposait dans la lettre dont nous avons entendu un extrait ? Je reprends quelques-uns des verbes utilisés par l’Apôtre : supportez-vous, pardonnez-vous, revêtez l’amour, chantez des hymnes à Dieu. Sœurs et frères, que le Seigneur vous donne cet amour intense qui vous donnera de considérer les autres supérieurs à vous-mêmes.

Saint Benoît écrit encore dans sa règle : « les moines ne préféreront absolument rien au Christ » ; que le Seigneur vous donne de persévérer dans ce chemin en cherchant à réaliser ce qu’il attend de vous, personnellement comme en communauté fraternelle. Chaque monastère, écrivait un jésuite, est « mémoire de l’Eglise ». Cela est vrai également pour un monastère récent qui donne à découvrir ce que notre Eglise est appelée à devenir, un reflet de l’amour de la Sainte Trinité, une vie donnée à la recherche de Dieu et une maison de prière qui accueille ceux qui viennent et qui se sentent appelés à devenir à leur tour témoins du don de Dieu au milieu du monde.

Des idoles nous guettent et nous tentent : c’est l’argent, le plaisir recherché pour lui-même et le pouvoir. Vous êtes venus ici pour lutter contre elles et choisir de servir le Seigneur préféré à tout. Nous vous confions à la protection de saint Joseph, auquel est confié votre famille monastique, et patron de l’Eglise universelle. Que le Seigneur achève en vous ce qu’il a commencé pour votre joie, votre bien et celui de notre Eglise !

+  Pierre-Marie Carré
Archevêque de Montpellier