Lors de sa deuxième prédication de l’Avent, le père R. Cantalamessa a évoqué le 50ème anniversaire de Vatican II.

P. R. Cantalamessa

P. R. Cantalamessa

Une mauvaise interprétation de l’événement, expliquait-il, a décrit l’enseignement de l’Église comme une rupture radicale avec le passé. En réalité, entre « l’herméneutique de rupture » et « l’herméneutique de continuité », seule cette dernière est juste :

Paul VI, dans Ecclesiam suam, reprend l’expression « aggiornamento » de Jean XXIII et dit vouloir la retenir comme « idée maîtresse pour son programme ». Au début de son pontificat Jean Paul II réitère le jugement de son prédécesseur et, à plusieurs occasions, s’exprime dans la même lancée. Mais c’est surtout notre pape actuel Benoît XVI qui expliquera ce que le Magistère de l’Église entend par « nouveauté dans la continuité ». Il le fera quelques mois après son élection, dans son discours à la Curie romaine, le 22 décembre 2005. Écoutons quelques passages :

« La question suivante apparaît : pourquoi l’accueil du Concile, dans de grandes parties de l’Église, s’est-il jusqu’à présent déroulé de manière aussi difficile ? Eh bien, tout dépend de la juste interprétation du Concile ou – comme nous le dirions aujourd’hui – de sa juste herméneutique, de la juste clef de lecture et d’application. Les problèmes de la réception sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont trouvées confrontées et sont entrées en conflit. L’une a causé de la confusion, l’autre, silencieusement mais de manière toujours plus visible, a porté et porte des fruits. D’un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler “herméneutique de la discontinuité et de la rupture”; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d’une partie de la théologie moderne. […] À l’herméneutique de la discontinuité s’oppose l’herméneutique de la réforme ».

Le pape admet qu’il y a bien eu une certaine discontinuité et rupture, mais qui ne concerne pas les principes et vérités de base de la foi chrétienne, plutôt des décisions historiques. »

Pour sortir de ce débat complexe, le prédicateur du Vatican invite à faire des textes du Concile une lecture pneumatologique :

En effet, qu’est-ce qui permet de résoudre le paradoxe et de parler de nouveauté dans la continuité et de permanence dans le changement, sinon l’action de l’Esprit Saint dans l’Église ? (…) Cette attention insuffisante au rôle de l’Esprit Saint explique une grande partie des difficultés qui se sont créées dans la réception du concile Vatican II. La Tradition, au nom de laquelle certains ont refusé le Concile, était une Tradition dans laquelle l’Esprit Saint ne jouait aucun rôle. Elle était un ensemble de croyances et de pratiques établies une fois pour toutes, pas la vague de la prédication apostolique qui avance et se propage dans les siècles et que l’on ne peut attraper, comme toutes les vagues, que si l’on bouge avec elle. Congeler la Tradition et la faire partir – ou se terminer –, à un certain moment signifie en faire une tradition morte et non pas, comme la définit Irénée, une « vivante Tradition ».

Et de conclure :

Cela permet de dire qu’il y a cohérence entre l’arbre qui a grandi depuis le Concile et le grain qui lui a donné naissance. De quoi est en effet né le Concile ? Les mots utilisés par Jean XXIII pour décrire l’émotion qui accompagna « l’éclosion soudaine dans son cœur et sur ses lèvres du simple mot ‘concile’ », ont tous les signes d’une inspiration prophétique. Dans son discours prononcé à la fin de la première session, il a dit du concile qu’il serait « cette nouvelle Pentecôte tant recherchée, qui enrichira abondamment l’Église d’énergies spirituelles ».

Cinquante ans après, on ne peut que constater que Dieu a tenu la promesse qu’il a faite à l’Église par la bouche de son humble serviteur, le bienheureux Jean XXIII. S’il nous semble que parler d’une nouvelle Pentecôte soit pour le moins exagéré, vu tous les problèmes et toutes les controverses apparus dans l’Église après et à cause du concile, il ne nous reste plus qu’à aller relire les Actes des apôtres et constater que la période qui a suivi la Première Pentecôte ne manquait pas elle non plus de problèmes et de controverses. Et ceux-ci n’étaient pas moins vifs que ceux d’aujourd’hui !

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