« Pour les judéo-chrétiens c’est-à-dire l’Eglise primitive de Jérusalem, Eglise de Jacques, frère de “Jésus”, Jésus ou Josué était l’ange de Seigneur. Cette idée a d’ailleurs été défendue par Justin. Sous l’influence de l’école d’Alexandrie et spécialement de Philon, Origène et Clément d’Alexandrie, “Jésus” évolua vers la notion de Logos, ou verbe platonicien. Mais Platon a fait ses études en Egypte et ce verbe platonicien n’est qu’une déformation du RA ou ROUAH égyptien. Par ailleurs, la mystique orientale et spécialement hindoue enseigne que la Kundalini ou force subtile qui anime tous les humains s’incarne en tout homme et non pas dans le seul “Jésus” sous la forme du verbe. Les premiers chrétiens dont Arius, Lactance, Hermas et les gnostiques de l’école de Valentin ont toujours soutenu le caractère angélique de Jésus qui est le type même de l’ange particulier de chaque être humain.

Le Concile de Nicée commandé par l’empereur Constantin dénonça la soi-disante hérésie d’Arius et identifia le Jésus homme à la deuxième personne de la trinité. Les empereurs se prenant pour des dieux, il fallait bien inventer un dieu humain pour des foules ignorantes. »

Daniel Louvet, Le satori chrétien – Essai sur le christianisme primitif

Difficile de faire mieux en termes de confusion ! Essayons néanmoins d’apporter quelques rectificatifs.

1- La thèse de la non-historicité des Evangiles, implicite à la première affirmation, est insoutenable aujourd’hui face aux acquis des sciences historiques et archéologiques.

2- Saint Justin est un philosophe du IIe s., converti au christianisme vers 130. Il fonda la première « école » chrétienne à Rome, tenant tête aux platoniciens et stoïciens. Ses écrits – une (double) Apologie destinée à l’empereur Antonin le Pieux et à Marc Aurèle (vers l’an 150) ainsi que ses controverses avec le juif Tryphon – témoignent de l’orthodoxie de sa foi. Dénoncé probablement par le philosophe cynique Crescens, il meurt martyr en 165 à Rome. L’assertion de D. Louvet est donc totalement fantaisiste.

3- Si le terme « Logos » est approfondi par Clément et Origène, c’est d’abord en raison de son utilisation par Saint Jean dans le Prologue du quatrième Evangile, et pas pour sa résonance philosophique. Les études de patristique ont mis en évidence toute la distance qui sépare l’interprétation du Logos par les Pères Alexandrins de la philosophie platonicienne : il ne suffit pas de souligner des convergences de vocabulaire pour conclure à une filiation.

4- La suite est franchement vertigineuse : l’identification du RA égyptien, du ROUAH hébreux et du Logos grec de Platon ; de la Kundalini et du Verbe en Jésus, constitue un exemple de syncrétisme que je renonce à commenter.

5- Hermas est le frère du Pape Pie I (140-154). Son ouvrage, « Le Pasteur », date de la première moitié du 2nd siècle, et a toujours été tenu en haute considération par les jeunes Eglises. Lactance (fin du 3ème s.) fut le premier écrivain occidental à proposer un exposé systématique de la doctrine chrétienne. Ni Lactance ni Hermas ne doivent être très heureux de se trouver en compagnie du gnostique Valentin (mort vers 160) ou du prêtre hérétique Arius (vers 315) ! Mais en fait toute la pseudo démonstration de D. Louvet, n’a d’autre but que d’essayer d’accréditer les thèses néo-gnostiques en les faisant passer pour l’authentique doctrine de « l’Eglise primitive ». D. Louvet semble ignorer qu’au milieu du IIe s., Saint Irénée, dans son ouvrage « Contre les hérésies », avait déjà réfuté les thèses de Valentin et démontré leur incompatibilité avec la doctrine chrétienne.