« L’invocation est le processus par lequel le magicien expérimenté appelle et fait descendre en lui une force particulière du cosmos, force personnifiée par la coutume comme un dieu. Un dieu, contrairement à un esprit qui lui est contraint de se manifester, ne peut pas être contraint, mais doit être attiré. Le magicien tente d’atteindre une espèce de Samadhi, une concentration dirigée vers la nature du dieu invoqué, ce qui aura pour résultat la manifestation de ce dieu dans sa conscience. Le magicien devra faire l’assomption de la forme divine, en visualisant la représentation traditionnelle du dieu, qu’il construit autour de lui. Il s’imaginera qu’il coïncide progressivement avec la forme. Tout en faisant cela, il sentira les premiers signes du pouvoir.

La manifestation physique de ce processus est “l’intoxication” et la “possession” du magicien par le dieu, de façon que non seulement le magicien devienne “un” avec le dieu, mais agisse comme le dieu et même avec le pouvoir de ce dieu. Il peut dès lors : (a) Parler comme un dieu et donner des oracles ; (b) Donner une bénédiction à un candidat comme un dieu, ou lui transmettre un pouvoir réel comme dans “l’imposition des mains” ou dans la cérémonie du néophyte conférant l’initiation ; (c) Commander comme un dieu aux esprits qui tombent sous sa juridiction. L’invocation précède donc une évocation effective des esprits correspondant au dieu invoqué. »

F. King et S. Skinner, Techniques de Haute-Magie

L’évocation s’adresse aux esprits inférieurs, avec lesquels le magicien ne s’unit pas, mais qu’il essaye de se soumettre, pour les faire servir à ses desseins. Pour arriver à dominer ces esprits, il faut que le magicien possède en lui la puissance de l’entité supérieure qui gouverne cette catégorie d’esprits dans le monde occulte. Il va donc invoquer cette entité, appelée un « dieu », se laisser envahir par elle, pour pouvoir disposer de sa force et dominer sur les esprits qui lui sont soumis.

Le processus d’identification se réalise au cours d’une méditation sur les représentations traditionnelles de l’entité : en général un personnage associé à des symboles, couleurs, mantras. « Le magicien s’immerge dans tout ce qui est relié au dieu, précisent nos auteurs. Il doit établir un sanctuaire équipé de l’image du dieu, des fleurs, des herbes, et du talisman planétaire correspondant au dieu ». C’est dans ce contexte qu’il va opérer le rituel d’invocation. Comme dans toute action magique, l’efficacité du rite dépend de la prononciation de la parole juste, accompagnée du geste adéquat. Le rituel s’accompagne d’une visualisation, qui aide le magicien à se mettre en état de réceptivité pour l’entité invoquée et induit une modification de son état de conscience. En clair : il utilise les techniques appropriées pour se mettre en état de médiumnité, afin de pouvoir se laisser « posséder » par le « dieu » auquel il se livre.

A ce stade de la description, il est difficile de savoir si nous nageons en pur délire imaginaire, ou s’il y a réellement fusion intentionnelle entre la conscience du magicien et une entité occulte. En fait, c’est aux fruits qu’on juge l’arbre et le magicien : il ne peut se vanter d’avoir réussi son invocation que s’il peut effectivement manifester de nouveaux pouvoirs occultes, voire les transmettre.

Il suffit de lire un rituel invocatoire – en particulier les noms attribués à ces fameuses « dieux », et les pouvoirs demandés – pour se rendre compte du caractère diabolique de ces pratiques. Un abîme sépare le « monde » du magicien, de celui du Sermon sur la Montagne.