Famille de Saint Joseph
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Comment acquƩrir du pouvoir sur les autres

par | 22 janvier 2005

Ā« Les forces de la nature sont Ć  la disposition de celui qui sait leur rĆ©sister. Etes-vous assez maĆ®tre de vous-mĆŖme pour n’être jamais ivre, vous disposez de la terrible et fatale puissance de l’ivresse. Si vous voulez enivrer les autres, donnez-leur envie de boire, mais ne buvez pas. Celui-lĆ  dispose de l’amour des autres qui est maĆ®tre du sien. Voulez-vous possĆ©der, ne vous donnez pas. Ā»

Eliphas Levi, Dogme de la Haute Magie

Nous ne pouvons qu’être d’accord avec la premiĆØre sentence : seul celui qui maĆ®trise les passions de son Ć¢me peut librement disposer du dynamisme du Ā« concupiscible Ā» et de Ā« l’irascible Ā» (nous utilisons la terminologie de saint Thomas d’Aquin). Par contre celui qui est esclave de ses affections sensibles, est incapable de disposer de cette force vitale ; ce sont plutĆ“t les pulsions qui disposent de lui. D’où l’importance d’acquĆ©rir la maĆ®trise de soi par l’exercice des vertus cardinales (la prudence, la tempĆ©rance, la force et la justice) afin de mettre le dynamisme des passions au service de notre projet de vie.
La suite de la citation est plus troublante. Il y apparaĆ®t que l’acquisition de la maĆ®trise de soi n’est pas au service d’une plus grande disponibilitĆ© Ć  l’autre, mais que tout au contraire, E. LĆ©vi prĆ©conise la maĆ®trise des pulsions instinctives uniquement pour manipuler et dominer les autres.
Nous percevons ainsi combien l’attitude de l’occultiste est Ć  l’opposĆ© de celle que propose le Christ des Evangiles. LĆ  où JĆ©sus nous invite Ć  devenir Ć  son exemple serviteurs de nos frĆØres, cherchant Ć  faire pour eux ce que nous aimerions qu’ils fassent pour nous, notre auteur suggĆØre de les conduire sur un chemin de perdition dont nous aurions appris auparavant Ć  Ć©viter les piĆØges.
Plus significative encore est l’affirmation concernant l’amour. Pour le croyant, Ā« aimer c’est tout donner et se donner soi-mĆŖme Ā» (sainte ThĆ©rĆØse de Lisieux), Ć  l’image du Christ Ā« qui nous a aimĆ©s et s’est livrĆ© pour nous Ā» (Ep 5, 2). E. LĆ©vi tout au contraire ne cherche pas Ć  donner, mais Ć  s’approprier l’amour des autres pour en disposer Ć  sa guise. On est en droit de se demander ce que reprĆ©sente l’amour pour notre auteur ? Que signifie ĆŖtre Ā« maĆ®tre de son amour Ā» ? Saint Augustin affirmait que Ā« l’Amour est diffusif de soi Ā» , c’est-Ć -dire qu’il tend spontanĆ©ment Ć  se donner, comme le soleil qui rayonne, Ć©claire et rĆ©chauffe tout ce qu’il touche de ses rayons. La Ā« maĆ®trise Ā» de l’amour suppose qu’il serait Ā« manipulable Ā» par une facultĆ© supĆ©rieure, capable de l’ Ā« utiliser Ā». Pour le croyant ; la charitĆ© est une vertu infuse et donc surnaturelle, qui illumine notre intelligence, fortifie notre volontĆ©, et attire notre libertĆ© vers Dieu. La rĆ©ponse Ć  cette apparente contradiction se trouve quelques lignes plus loin, où nous dĆ©couvrons que pour E. LĆ©vi l’amour n’est pas une facultĆ© spirituelle, mais Ā« un des grands instruments du pouvoir magique Ā» , identifiĆ© Ć  Ā« l’énergie astrale Ā» . Ce qu’il appelle Ā« amour Ā» n’est dĆØs lors qu’une Ć©nergie vitale objectivable, et la stratĆ©gie de l’occultisme consiste Ć  en acquĆ©rir la maĆ®trise pour assujettir les autres. Il est clair que notre auteur ne connaĆ®t pas l’amour spirituel, entendu comme l’accomplissement de la relation entre deux personnes qui dĆ©cident de se donner librement l’une Ć  l’autre.
La sentence conclusive est l’exacte anti-thĆØse de l’amour. A l’énoncĆ© Ā« Voulez-vous possĆ©der, ne vous donnez pas Ā», nous opposons Ā« Voulez-vous (vous) donner, ne vous possĆ©dez pas Ā» ; ou mieux encore : Ā« Celui qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; mais celui qui perdra sa vie Ć  cause de moi la gardera Ā» (Mt 10, 39).

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