« Bien que la résurrection des corps soit ancrée dans une vision préscientifique du monde et relève de la pure superstition, elle a persisté parce que des penseurs sensibles et intelligents ont deviné le potentiel de transformation du corps et ont été confortés dans leur idée par les extraordinaires pouvoirs des mystiques et de saints. Dans le contexte évolutionniste, on peut voir dans la doctrine de la glorification du corps la symbolisation d’une phase de l’évolution humaine, et dans “la résurrection des justes” une incarnation lumineuse. »

J. Redfield et M. Murphy, Et les hommes deviendront des dieux

Pour appuyer leur thèse d’une évolution naturelle de l’humanité vers une incarnation « plus lumineuse » – entendez vers un corps énergétique plus subtil – nos auteurs n’hésitent pas à réinterpréter la tradition chrétienne à partir de leur a priori, à savoir l’auto-divinisation de l’homme par l’ouverture aux énergies supérieures. En particulier, J. Redfield et M. Murphy croient trouver dans la doctrine du « corps spirituel » que Saint Paul expose aux chrétiens de Corinthe, la confirmation de leur propre hypothèse, à savoir qu’en développant ses capacités paranormales, l’homme serait capable de donner « progressivement naissance à une incarnation nouvelle, plus lumineuse » . Aucune allusion à l’interprétation croyante des extraits cités, si ce n’est pour souligner par trois fois « l’absurdité » de la thèse de la résurrection du corps, qui ne serait selon nos auteurs, qu’une « pure superstition » appartenant à « une vision du monde préscientifique » .
Nous soulignons la perversion de ce procédé, qui consiste à citer hors de leur contexte des extraits de la Révélation, et d’en détourner le sens de manière à les mettre au service de thèses naturalistes qui leur sont totalement étrangères. Sous des apparences de très grande tolérance et ouverture d’esprit – puisque toutes les traditions sont convoquées, sans exclusion – J. Redfield et M. Murphy vident très habilement la Révélation chrétienne de sa spécificité, pour l’utiliser ensuite comme confirmation de leurs propres vues. Le procédé n’est pas nouveau, mais nos deux Maîtres à penser du Nouvel Age exercent cet art de la mystification avec une telle maîtrise et dextérité, qu’il valait la peine de le souligner.
Rappelons que lorsque Saint Paul parle du « corps spirituel », c’est bien d’un corps de résurrection qu’il s’agit, et pas d’un corps subtil que nous aurions élaboré progressivement par la maîtrise progressive des énergies occultes :

« Semé corruptible, on ressuscite incorruptible ; semé méprisable, on ressuscite dans la gloire ; semé corps animal, on ressuscite corps spirituel » (1 Co 15, 42-44).

Ce corps spirituel n’est pas le fruit d’une transformation de notre dépouille mortelle, mais un don gratuit qui procède de notre participation à la Vie du Christ ressuscité. Il ne s’agit donc pas d’une évolution de notre corps charnel sous l’effet des énergies créées appartenant encore à ce monde, mais d’une transfiguration de tout notre être par la puissance de l’Esprit créateur qui nous « rend participant de la nature divine » (2 P 1, 4), afin de nous faire connaître le Père. Soyons clair : l’homme aurait beau concentrer en lui-même les énergies les plus subtiles, les plus puissantes, les plus lumineuses de ce monde créé, elles ne seraient encore rien eu égard à la grâce divine. Dieu n’est pas le terme d’une série d’énergies de plus en plus puissantes : sa nature est d’un autre ordre, incommensurable. Les philosophes expriment cela en disant qu’un abîme ontologique sépare le Créateur de sa créature, les énergies de ce monde de la grâce divine ; abîme que Dieu seul peut franchir.