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R. Steiner et les exercices de saint Ignace

« Dans la vie spirituelle préconisée par l’Ordre (des jésuites), on part des évangiles pour revivre ensuite ce qui y est raconté. Sur le chemin que nous venons de décrire, l’homme qui s’engage dans la voie spirituelle commence par connaître d’une façon occulte ce qui a rapport avec sa propre existence, afin par là de parvenir à reconstituer par lui-même les tableaux, les idées-images contenus dans les évangiles. »

R. Steiner, De Jésus au Christ

Rudolf Steiner s’en prend vigoureusement à la pédagogie des exercices de saint Ignace, qu’il accuse de ne pas respecter ceux qui les pratiquent. Pour lui les jésuites proposent dans les Exercices une véritable initiation, visant à « l’acquisition de certains pouvoirs occultes » par des méthodes qui « cherchent avant tout à exercer une action immédiate sur la volonté », ce qui est selon lui « spirituellement inacceptable ». L’initiation des Rose-Croix, tout au contraire, serait selon le fondateur de l’Anthroposophie

« une initiation de la pensée ; elle ne fut jamais une initiation de la volonté, car ils respectaient la volonté humaine comme le sanctuaire le plus intime de l’âme »

. Steiner propose une description pour le moins caricaturale des Exercices spirituels, selon laquelle l’adepte serait conduit à renforcer unilatéralement sa volonté en se concentrant par l’imagination sur des « idées-images » qui agissent sur son âme, mais tout en « s’interdisant toute espèce de réflexion ».

La pédagogie des Exercices se résumerait donc selon R. Steiner à un lavage de cerveau, au cours duquel le retraitant s’identifie artificiellement, par une sorte de volontarisme obstiné, à la représentation du Christ que lui suggère saint Ignace. Or, toujours selon notre auteur,

« une telle éducation, portant atteinte à l’élément “volonté” dans lequel elle introduit le principe “Jésus”, exalte ce principe de la façon la plus dangereuse »

. Car une volonté ainsi « forcée » tendrait spontanément à agir directement sur une autre volonté. Fortifiée par les « idées-images, c’est-à-dire par un moyen occulte », elle aurait en effet « acquis la capacité d’exercer une emprise directe sur d’autres âmes ». De là découleraient aussi « les divers moyens occultes auxquels cette volonté pourrait avoir recours ».

Aux yeux de R. Steiner, non seulement les pauvres jésuites, astreints de subir chaque année ce lavage de cerveau, auraient perdu toute identité personnelle, mais ils seraient devenus à leur tour de dangereux manipulateurs occultes, capables d’influencer la volonté des malheureux qui subissent leur influence.

Nous voyons apparaître en filigrane le mythe de la puissance occulte des jésuites, qui ont longtemps été la « bête noire » des ésotéro-occultistes. Tout cela n’est pas très sérieux, mais ces critiques non fondées sont parvenues à répandre une vision volontariste de la démarche ignacienne qui n’a rien à voir avec la pédagogie des Exercices. Le propre de cette méthode d’oraison consiste au contraire à faire appel à toutes les facultés sensibles (cinq sens) et psychiques (imagination, mémoire, affectivité, intelligence, volonté) pour entrer dans un véritable dialogue avec le Christ Jésus, qui se révèle dans les Ecritures. Car l’Evangile n’est pas un discours symbolique de nature religieuse, chargé de confirmer a posteriori une « connaissance occulte de ma propre existence » ; il est tout au contraire une Parole vivante qui me convoque à une rencontre personnelle, dans laquelle m’est révélé en Jésus-Christ le vrai visage de Dieu et mon propre visage.

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