Boutique

Plus de 500 titres

Carterie

Artisanat monastique

Les croyances et la foi

« Nous n’arriverons à rien si nous nous appuyons seulement sur des documents matériels (en ce qui concerne les événements qui ont eu lieu au Golgotha par exemple). Nous devons par conséquent ne pas les admettre a priori. Nous partirons donc de ce qui est commun à tous les hommes, d’un point de vue dont n’importe quelle âme peut reconnaître l’exactitude ».

R. Steiner, De Jésus au Christ

Ces quelques lignes soulignent l’abîme qui sépare l’anthroposophie de la foi chrétienne. « Par la Révélation, enseigne le Concile Vatican II, Dieu a voulu se manifester et se communiquer lui-même » (Dei Verbum, 6) d’une manière unique et indépassable. Cette Révélation culmine dans le mystère de l’Incarnation rédemptrice du Verbe de Dieu. Les Evangiles sont des récits inspirés qui interprètent de façon véridique les événements de la vie et de la mort de Jésus Christ, de manière à nous donner accès à leur contenu salvifique. Contrairement à ce qu’affirme R. Steiner, il est donc juste et bon de partir de ces récits et de fonder sur eux notre foi, car ils nous donnent accès à Dieu qui s’y révèle personnellement (Dei Verbum, 2). Notre auteur préfère s’appuyer sur ce que l’homme croit pouvoir découvrir par lui-même à partir de la réalité naturelle. Dans les lignes qui suivent notre citation, il se réfère à un soi-disant pressentiment universel d’une mystérieuse présence, cachée derrière l’apparence sensible du soleil : « Si nous nous concentrons sur la pensée de la lumière, nous réalisons que dans cet élément ainsi répandu doit vivre quelque chose de spirituel qui l’anime ». R. Steiner se vante d’avoir dégagé ainsi une pensée « qui ne repose pas sur un dogme, mais sur un sentiment que tous les hommes ont en commun ». En fait, rien ne prouve le caractère universel de ce sentiment. Pourtant, toute la recherche ésotérique consistera à déchiffrer ce « quelque chose de spirituel » qui circulerait à travers tout l’univers manifesté et se laisserait pressentir dans le soleil, la chaleur, etc., comme un au-delà de ces perceptions sensibles :

« Les enseignements de la science occulte moderne se concentrent sur des pensées qui sont vraiment des pensées cosmiques ».

L’accès aux niveaux cachés du réel devrait se faire par l’intermédiaire des « organes » de perception de nos corps subtils, auxquels l’initiation est supposée nous donner accès. C’est ainsi que l’ésotérisme prétend regarder « derrière le voile » des apparences sensibles, afin d’y découvrir des mondes subtils qui détiendraient la clé de compréhension du monde physique et l’explication de tous les phénomènes qui s’y déroulent.

De ce qui précède il est clair que le discours ésotérique – qui prétend faire l’économie de la foi – est en fait pétri de croyances. Rien ne nous oblige d’interpréter les expériences de conscience modifiée en termes des axiomes posés par nos auteurs. Le caractère divin des énergies immanentes – un des postulats de base de la doctrine – ne s’impose en raison d’aucune « évidence ». Il s’agit d’un principe a priori à jamais indémontrable. Cet axiome immanentiste, qui sert de clé d’interprétation des phénomènes occultes, relève tout autant d’un acte de foi que l’affirmation du transcendantalisme. Cette seconde option a toutefois pour elle de pouvoir s’appuyer sur l’objectivité de la Révélation divine en Jésus Christ, c’est-à-dire sur l’objectivité des Ecritures, de la Tradition et du Magistère ; sur l’objectivité de vingt siècles de christianisme, qui a certes connu des pages sombres, mais qui a néanmoins enfanté les plus dignes représentants de notre humanité dans la personne des saints.

Précédent

Suivant