Le chemin spirituel délimité par saint Augustin en sept étapes met au premier plan l’action de l’Esprit Saint dans le cœur des fidèles. Nous retrouvons ici le fondement de toute la théologie de la grâce de saint Augustin. Celle-ci, développée et défendue pendant de très longues années, repose sur le principe que personne ne peut aimer Dieu, personne ne peut se purifier de la concupiscence et rejoindre la perfection de la charité, sans le don de l’Esprit Saint autrement dit de la grâce de Dieu. Dans une lettre, Augustin exprime clairement la nécessité des dons de l’Esprit Saint pour vivre dans la sainteté :

« Personne n’est vraiment sage et intelligent, personne ne sort vainqueur avec le conseil et la force, personne n’a une science religieuse ou une piété illuminée par la science, personne ne craint Dieu avec une crainte chaste, s’il ne reçoit l’Esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de science et de crainte de Dieu. Également, personne n’a une véritable vertu, une charité authentique, une continence religieuse, si ce n’est par le moyen de l’Esprit de la vertu, de la charité et de la continence. En outre, sans l’Esprit de foi personne ne pourra croire de façon droite et sans l’Esprit de prière personne ne pourra prier utilement. Non parce qu’il existe d’autres esprit mais parce que le seul et unique Esprit Saint produit toutes ces vertus, lequel les élargit comme ses propres dons à chacun comme il veut, puisque l’Esprit souffle où il veut. » (Lettre 194, 4, 18)
Cette primauté de la grâce dans l’ordre du salut, Augustin l’a déduite des écrits de saint Paul. À titre d’exemple, il nous suffit de rappeler ce passage de l’épître aux Ephésiens :
« Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! – avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par-là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » (Ep 2, 4-10)
Une fois établi ce principe fondamental, qui rapporte la sanctification à l’opération de l’Esprit de Dieu et de la grâce divine, saint Augustin ne manque pas de souligner l’irremplaçable coopération de l’homme.
A ce sujet, il suffit de se rappeler un texte bien connu de l’évêque d’Hippone :
« Tout procède de Dieu ; mais non comme si nous restions à dormir, comme si nous ne devions faire aucun effort ou que nous ne devions pas vouloir. Sans ta volonté, il n’y aura pas en toi la justice de Dieu. La volonté ne peut être autre que tienne, la justice ne peut être autre que celle de Dieu. La justice de Dieu peut y être sans ta volonté, mais en toi elle ne peut y être contre ta volonté… Si Dieu t’a fait homme, mais que c’est toi qui te rends juste, tu fais quelque chose de mieux que ce que Dieu a fait. Mais Dieu t’a fait sans toi… Comment pourrais-tu consentir si tu n’existais pas ? Pour cela, celui qui t’a fait sans toi, ne te rendra pas juste sans toi. Il t’a fait sans que tu le saches, mais il ne te rendra pas juste sans que tu ne le veuilles. » (Sermon 169, 11, 13)
Il s’agit d’un point sur lequel Augustin est revenu à de nombreuses reprises à cause de la polémique contre les Pélagiens, lesquels pensaient devenir justes grâce seulement à leur engagement, sans avoir besoin d’invoquer l’aide de Dieu.
L’enjeu était de bien articuler l’opération de la grâce de Dieu et celle de la volonté humaine. S’il est vrai que pour la sanctification la grâce divine est nécessaire et qu’elle doit être demandée dans la prière, cela ne signifie pas pour autant que l’homme dût rester totalement passif :
« Nous ne devons pas affronter une telle nécessité seulement avec les prières ; employons-nous aussi à vivre bien avec l’efficacité de notre volonté. On dit en effet que « Dieu est notre secours » (Ps 61[62], 9), et ne peut être aidé que celui qui s’engage à faire quelque chose de lui-même. Dieu, en effet, n’opère pas en nous notre salut comme si nous étions des pierres insensibles ou des vivants auxquels la nature n’aurait pas donné la raison et la volonté. Ensuite, quant à savoir pourquoi Dieu aide celui-ci et non celui-là, aide tantôt l’un tantôt l’autre, aide l’un d’une manière et l’autre d’une autre, ceci trouve sa réponse seulement en Lui, dans le mystère de sa justice et dans l’excellence de sa puissance. » (De pecc. mer. et rem., 2, 5, 6)