Ce n’est sans doute pas un hasard si le Dicastère fondé par Benoît XVI pour accompagner la nouvelle évangélisation a pris la Basilique de la Sagrada Familia à Barcelone comme « icône » de son projet. Certes les arguments proposés par le président du nouveau dicastère, Mgr Rino Fisichella, sont avant tout architecturaux1, mais il n’est pas indifférent qu’il ait choisi une Basilique dédiée à la Sainte Famille. Un certain card. J. Ratzinger écrivait il y a quelques années déjà :

[box type= »shadow » ]« L’Église ne peut croître et prospérer, si elle ignore que ses racines cachées plongent dans l’atmosphère de Nazareth. Car travailler avec Jésus travailleur, s’immerger dans “Nazareth”, devient le point de départ d’une nouvelle conception de l’Église pauvre et humble, d’une Église famille, d’une Église nazaréenne. Nazareth recèle un message permanent pour l’Église. Ce n’est ni dans le Temple, ni même sur la montagne sainte que commence la Nouvelle Alliance, mais dans la masure de la Vierge, dans la maison de l’ouvrier, en un lieu oublié de la “Galilée des païens”, dont personne n’attendait quelque chose de bon. C’est toujours en revenant à ce point de départ que l’Église doit se régénérer2. »[/box]

La nouvelle évangélisation ne pourra se faire que dans une fidélité renouvelée aux événements fondateurs de la foi. Or les racines de l’Évangile s’enfoncent profondément dans la terre de Nazareth, où le Verbe de Dieu fait chair a voulu demeurer durant trente ans : un long temps d’enfouissement et de maturation, préparation indispensable aux trois années d’évangélisation proprement dite. C’est à Nazareth que Jésus a vécu les Béatitudes au quotidien de la vie de la Sainte Famille, avant de les prêcher sur la Montagne.

Or ce qui frappe dans les récits de l’enfance, c’est avant tout l’effacement de la Sainte Famille, à l’image de celui de Saint Joseph. Celui-ci commence par vouloir s’éloigner de sa fiancée : ayant reconnu l’œuvre de l’Esprit Saint dans le fait qu’elle fût enceinte, il ne voulut pas s’immiscer dans le déploiement du dessein de la Providence. Cet « homme juste » (Mt 1, 19) a pleinement conscience de l’abîme qui sépare la créature de son Créateur, surtout depuis que le péché l’a privée de la grâce. Cette même crainte salutaire va cependant le conduire à obéir inconditionnellement à Dieu lorsque Celui-ci lui demandera de prendre chez lui son Épouse et d’être le gardien du Mystère qui s’accomplit en elle. Joseph se voit ainsi confier la charge de protéger l’honneur de la Vierge et d’insérer son Enfant divin dans la lignée de David, de laquelle devait naître le Messie. Contrairement à la mission des Apôtres qui annoncèrent le Christ au monde, le ministère de Saint Joseph était de le cacher jusqu’au jour de sa manifestation définitive3. Peut-être pouvons-nous tirer une leçon de ce contraste.

Certes il est important, comme nous y exhorte le Pape, de ne pas avoir « peur de parler avec une vigueur toute apostolique du mystère de Dieu et du mystère de l’homme, et de déployer inlassablement les richesses de la doctrine chrétienne »4. La nouvelle évangélisation sera l’œuvre d’Apôtres qui « proclameront la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, prévue par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 7) — « mystère qu’il s’agit de porter à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi » (Rm 16, 26).

Mais dans le même élan, Benoît XVI souligne également l’importance du témoignage de la vie religieuse, et en particulier de la vie monastique, par lequel « la société tout entière, et non seulement l’Église, est grandement enrichie » (Ibid.). Pourtant qu’y a-t-il de plus discret, effacé, retiré du monde — à l’image de la vie de la Sainte Famille de Nazareth — que la vie monastique ? Le Pape nous répond que le choix exclusif de Dieu « offert dans l’humilité, la douceur et le silence, apporte pour ainsi dire la preuve qu’il y a davantage dans l’homme que l’homme lui-même » (Ibid.)

Cette insistance du Saint Père n’est-elle pas une invitation à nous préparer à l’annonce explicite de la Bonne Nouvelle par une démarche préalable de conversion intérieure, afin d’éviter de transmettre notre vision subjective de Dieu, mais de puiser à la Source « la parole que Dieu veut adresser à tout homme » (Ibid.). Et comme l’enracinement en Dieu n’est jamais définitivement acquis, c’est tout au long de notre effort d’évangélisation que nous devons garder le souci de consacrer du temps à la prière, à l’adoration, à la lectio divina, dans le silence, la discrétion, l’effacement dont saint Joseph ne s’est jamais départi.

Nous trouvons une confirmation de cette interprétation dans la Lettre apostolique (sous forme de Motu ProprioUbicumque et Semper (21 septembre 2011) par laquelle le Saint Père instituait le Conseil Pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation :

[box type= »shadow »]« Si le devoir d’évangéliser concerne directement la façon de l’Église de se comporter avec l’extérieur, celui-ci présuppose toutefois, avant tout, un renouveau constant en son sein, un passage permanent, pour ainsi dire, de la condition d’évangélisée à évangélisatrice. »[/box]

Frappons donc à la porte de Nazareth où Jésus a voulu se préparer durant trente longues années à sa mission évangélisatrice ; et demandons à Marie et Joseph de nous introduire dans l’intimité de Celui que nous avons à annoncer, de sorte que ce soit son Esprit qui nous anime lorsque nous partagerons notre joie de Lui appartenir.

Notes :
  1. Osservatore Romano (version française) du 27 janvier 2011. [retour]
  2. J. Ratzinger, card., Le Ressuscité, DDB, Paris, 1986, p. 84. [retour]
  3. Bossuet, 2ème Panégyrique de saint Joseph, 1er point. [retour]
  4. Voir le discours adressé le 17 novembre 2012 par Benoît XVI au Évêques de France en visite ad limina. [retour]
Famille de Saint Joseph
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