Aujourd’hui, une ambiance gnostique ?

La recherche de l’illumination, de l’étincelle divine, dans les profondeurs du moi

En fait, pour les gnostiques de toujours, ce n’est pas tant « ailleurs » qu’il faut chercher, mais plutôt « au dedans », c’est-à-dire au plus profond de l’être intérieur. Pour lui la lumière ne pourrait venir d’une parole révélée, mais seulement des profondeurs du moi où elle se tient cachée, étincelle divine apte à apporter au chercheur la lumière et la certitude définitives quand il l’aura atteinte.

Autrement dit, sa longue recherche doit aboutir finalement à se reconnaître en Dieu, émané de Dieu, faisant partie de l’être même de Dieu. Comme en fait partie le cosmos tout entier.

Cette idée là encore sonne bien aujourd’hui, où l’on dira volontiers que Dieu, « c’est un peu tout ce qui existe », « un peu tout le monde ». Que Dieu, c’est « la Conscience universelle » ou l’« Énergie » qui anime tous les êtres de l’univers. Et l’on va parfois dans le même sens quand on identifie sans plus Dieu avec l’Amour, la Paix, la Joie, la Justice avec majuscules, en passant sous silence le fait qu’il est aussi quelqu’un venant au devant du chercheur sur la route de la vie.
Notre époque aurait-elle du mal à faire place à l’altérité en général, et tout particulièrement à l’altérité de Dieu?

Une certaine approche du mal

Reste encore un domaine où la pensée gnostique trouve une certaine connivence avec la pensée contemporaine dans la façon dont elle se situe par rapport au mal. Comme l’écrit Antoine Delzant1:

« Pour la gnose, le malheur du monde relève de la fatalité, jamais d’une responsabilité ou d’une liberté ou d’une faute personnelle. Dès lors échapper à ce monde ne peut relever d’un effort ou d’une action sur ce monde et sur les structures de la société. Il n’y a de salut que par la connaissance qui seule peut sauver. C’est donc une conception du monde et de l’homme qui ne comporte pas d’éthique ».

Ce qui entre en consonance avec la mentalité actuelle car, poursuit notre auteur,

« par là ces mouvements rejoignent une attitude largement partagée aujourd’hui où toute responsabilité se dilue et où la faute personnelle devient erreur. On est responsable mais pas coupable. On ne se confesse plus, mais on a des problèmes. Si malgré tout nous commettons le mal, ce n’est pas faute de notre part, mais mal-être, déséquilibre, folie. Tout cela se produit par une faiblesse de notre connaissance et non par une défaillance de notre liberté ».

Au terme de cette rapide approche de la gnose comme « air du temps », la question est posée à l’Église de l’attitude pastorale à promouvoir. On pourrait suggérer au moins deux orientations.

Démarche gnostique et démarche de foi

Il importe d’abord d’être aussi au clair que possible sur ce qui différencie la démarche de la gnose de la démarche de la foi. La chose est d’autant plus difficile que la mentalité gnostique se caractérise par sa propension à tout englober. Avec cette difficulté supplémentaire qu’on y emploie les mêmes mots que dans la Tradition croyante, mais avec des sens différents. On se réfère aux mêmes Écritures mais dans des lectures radicalement autres.

Deux points fondamentaux permettent toutefois de contre-distinguer les deux démarches :
– la démarche de foi est fondée sur l’adhésion à la parole de Jésus comme Parole de Dieu, sur la reconnaissance de la place unique de Jésus, de sa mort et de sa résurrection dans l’économie du salut ;
– elle est fondée sur l’adhésion à l’Église comme sacrement du Christ.

Notes :
  1. Revue du SIF (Service Incroyance-Foi), n° 86, Été 1998,
    « Courants spirituels d’aujourd’hui ». [retour]

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