Aujourd’hui, une ambiance gnostique ?

La recherche d’un ailleurs

Si les gnostiques du début de notre ère réagissaient ainsi devant le monde qui était le leur, il ne faut pas s’étonner qu’à notre époque, et en face du tableau qu’offre l’actualité de chaque jour, beaucoup aujourd’hui aient envie de chercher « ailleurs » :
– ailleurs que dans les réponses proposées traditionnellement ;
– ailleurs que dans la militance, comme si la contribution que chacun peut apporter à l’amélioration des choses apparaissait dérisoire et inefficace par rapport à l’ampleur des problèmes posées ;
– ailleurs que dans les religions établies, et en particulier ailleurs que dans l’Église, comme si sa parole et ses pratiques semblaient à beaucoup de plus en plus décalées par rapport aux questions que se pose le monde aujourd’hui ;
– et d’une façon générale, ailleurs que dans les grands discours et les grandes institutions.

Des guides qui conduisent à l’expérience personnelle d’illumination

Le gnostique de toujours est en quête d’une réponse qui ne laisse aucune place à l’incertitude. Il ne peut donc être question pour lui de s’en tenir seulement à la parole d’un autre. Seule compte l’expérience personnelle, celle qui produit une illumination intérieure, celle qui lui fera dire : « Maintenant, je sais », et non pas : « Je crois », « j’ai confiance ». Elle en appelle à l’intériorité de chacun.

Ce dont il a besoin alors, c’est de personnes capables de lui indiquer la route, le chemin, capables comme il l’espère de le conduire vers cette expérience d’illumination. Il recherche les « sages », les « guides », ceux qui savent, ceux qui sont passés avant lui sur la route. Ils sont pour lui le vivant témoignage que cette expérience est possible, et en même temps ils seraient aptes à lui en indiquer les étapes, les méthodes, les techniques. D’ailleurs leur aide s’arrête là. Car en fait ils ne peuvent rien d’autre pour lui : chacun en est réduit à être lui-même son propre sauveur.

Un éventail d’itinéraires

À des degrés divers cette recherche d’une expérience personnelle sonne bien aujourd’hui où l’on se méfie des discours, des dogmes, des idéologies, où le vrai se juge en fonction de ce qui est ressenti comme faisant du bien, où l’on parle plutôt de route, de chemin, de « légende personnelle » (ex. Paolo Coelho dans l’Alchimiste) que de doctrine. Librairies, conférences, stages, divers lieux spécialisés, offrent sur la place publique quantité de techniques et d’itinéraires censés permettre au chercheur de parvenir au terme de sa quête, chacun étant entièrement libre d’aller ici où là, et de prendre ce qui paraît lui convenir.

On a parlé de « supermarché du religieux ». Cela est vrai pour l’abondance des produits offerts, mais aussi pour la manière dont ils sont présentés, c’est-à-dire simplement juxtaposés les uns à côté des autres sur les présentoirs. À chacun de se composer son menu comme il l’entend.

Le chercheur est donc seul sur sa route. Mais cette image du « questeur solitaire » correspond à l’image que beaucoup se font d’une démarche religieuse où l’on ne se sent lié par l’appartenance à aucun groupe ou Église. D’ailleurs, dira-t-on unanimement, « tous les chemins se valent », puisqu’en fait « ils mènent tous au même but ». Et donc « toutes les religions se valent ». La gnose les accepte tous et toutes.

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