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II.2- Y aurait-il deux types de religions ?

Vous maintenez donc une supériorité du christianisme sur les autres religions – en particulier les naturalistes ?

En tant que croyant je pourrais difficilement vous parler autrement. La foi consiste en une illumination surnaturelle permettant à ceux qui l’accueillent, de reconnaître dans les Ecritures la Parole de Dieu qui se révèle à travers elles. Plus spécialement, la vertu théologale de la foi donne au croyant de reconnaître en Jésus de Nazareth, le Verbe de Dieu venu épouser notre nature humaine pour nous donner part à sa nature divine. Dès lors il serait incohérent pour un chrétien de mettre en balance sa foi avec des doctrines humaines – au demeurant très respectables, en tant que témoignages vivants de la quête de Dieu qui habite le cœur de l’homme, depuis que celui-ci est apparu sur Terre. Le chrétien ne prétend pas être l’auteur d’une doctrine religieuse qui serait supérieure aux autres Traditions ; il affirme tout au contraire explicitement que ce qu’il propose ne vient ni de lui ni d’aucune tradition humaine, mais de Dieu. Nous n’avons d’autre ambition que de partager le message de grâce que nous avons nous-mêmes gratuitement reçu du Père ; message qu’il nous a adressé par son Fils et communiqué dans l’Esprit.

Contrairement à ce qui nous est souvent reproché, le chrétien ne se considère pas comme « supérieur » aux autres, comme s’il avait tiré de son propre fond une sagesse qui ferait pâlir celle des Maîtres des autres Traditions. Il se présente tout simplement comme disciple de Jésus-Christ, envoyé par celui-ci pour annoncer à tous ses frères la Bonne Nouvelle qu’il a lui-même reçue et qui a transformé sa vie. Nous n’avons pas la prétention de convaincre tout le monde : « Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, disait la petite Bernadette Soubirous à son curé, mais de vous le dire ». Nous demandons seulement à notre interlocuteur de reconnaître la cohérence de notre position. D’ailleurs tout croyant, quelle qu’elle soit sa religion, n’est-il pas convaincu que la doctrine à laquelle il adhère est plus « vraie » que les autres ? S’il ne l’était pas, il semble évident qu’il abandonnerait sa Tradition pour adhérer à celle qui lui apparaîtrait plus proche de la vérité. Puisque nos contemporains reconnaissent cette logique lorsqu’il s’agit des croyants des autres Traditions, pourquoi les chrétiens font-ils exception et se voient-ils accusés d’intolérance ou de fanatisme lorsqu’ils proclament que Jésus est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) ?

Toutes ces traditions ne peuvent cependant pas simplement se juxtaposer : comment les articulez-vous entre elles ?

Le croyant voit dans la Révélation du Christ, vrai Dieu et vrai homme, l’accomplissement du désir qui met les hommes en marche vers Dieu dans leurs Traditions respectives. Le rapport entre les Traditions naturalistes et la Révélation est pour nous un rapport de pressentiment – dont l’Esprit n’est pas absent – à accomplissement dans la plénitude de la lumière du Verbe incarné. Nous pourrions aussi parler en termes de préparation « lointaine » de la Révélation chrétienne – la préparation « proche » devant être réservée à la Première Alliance. La Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur « Quelques aspects de la méditation chrétienne » énonce à ce propos :

« Dans la réalité chrétienne, toutes les aspirations présentes dans la prière des autres religions sont comblées, sans pour autant que le moi personnel et son caractère de créature doivent être annulés et disparaître dans l’océan de l’Absolu. “Dieu est amour” (1 Jn 4, 8) : cette affirmation profondément chrétienne peut concilier l’union parfaite avec l’altérité entre l’être qui aime et l’être aimé, avec l’éternel échange et éternel dialogue. En ce sens, les Pères de l’Eglise ont pleinement raison de parler de divinisation de l’homme qui, incorporé au Christ Fils de Dieu par nature, devient par sa grâce participant de la nature divine, fils dans le Fils » (IV, 15).

Cette conviction que le dessein d’amour de Dieu sur les hommes ne se révèle et ne se réalise en plénitude qu’en Jésus-Christ, transparaît aussi avec force dans ce passage de l’Exhortation apostolique de Paul VI sur L’évangélisation dans le monde moderne :

« La religion de Jésus met objectivement l’homme en rapport avec le plan de Dieu, avec sa présence vivante, avec son action ; elle fait rencontrer ainsi le mystère de la Paternité divine qui se penche vers l’humanité ; en d’autres termes, notre religion instaure effectivement avec Dieu un rapport authentique et vivant que les autres religions ne réussissent pas à établir, bien qu’elles tiennent pour ainsi dire leurs bras tendus vers les Ciel » (n°53).

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