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Artisanat monastique

II.2- Y aurait-il deux types de religions ?

Si vous maintenez contre toutes formes de syncrétisme, que les religions naturalistes et les religions révélées contiennent des propositions contradictoires, les une seraient donc fausses et les autres vraies ?

Logiquement on ne peut en effet soutenir que les deux types de religion soient « également vraies ». La voie du naturalisme est celle qu’adopte spontanément tout chercheur d’Absolu qui n’a pas été confronté à l’initiative déconcertante de Dieu, nous révélant son visage en Jésus-Christ. Mais celui qui dans a foi reconnaît en Jésus la Parole ultime du Père, fait taire les discours religieux humains, et se met humblement à l’écoute de celui qui nous donne accès dans l’Esprit à « la vérité toute entière » (Jn 16, 13).

Il ne faudrait cependant pas en conclure que la voie du naturalisme ne contiendrait aucune vérité : l’Eglise a toujours reconnu qu’il y a dans les différentes religions des « rayons de la vérité qui éclaire tout homme 1 » (NA 2) ; des « semences du Verbe 2 » (AG 11), et que par la disposition de Dieu, il y a en elles des choses bonnes et véridiques 3 (OT 16), même si tout cela doit être « purifié, élevé et porté à sa perfection 4 » (AG 9 ; LG 17). L’Esprit Saint préparait la venue du Christ non seulement au sein du peuple élu, mais il orientait et continue d’orienter le cœur des hommes, de toutes races, langues, peuples et cultures, vers le mystère de l’Incarnation rédemptrice.

Cette action universelle de l’Esprit ne peut se séparer de celle qu’il mène dans le Corps du Christ qui est l’Eglise. Ces deux modes d’action dérivent tous deux de l’unique Mystère pascal et conduisent à lui par des voies différentes. Dans sa Lettre encyclique Redemptoris Missio, Jean-Paul II affirmait :

« Dieu appelle à lui toutes les nations dans le Christ ; il veut leur communiquer la plénitude de sa Révélation et de son amour ; il ne manque pas non plus de manifester sa présence de beaucoup de manières, non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu’elles comportent des lacunes, des insuffisances et des erreurs » (RM 55).

Si c’est le même Esprit qui agit dans les grandes Traditions et dans l’Eglise, faut-il en conclure que toutes les religions ont une égale valeur salvifique ?

Certes c’est le même et unique Esprit qui agit au cœur des sages de toutes les traditions non-chrétiennes et qui guide l’Eglise. Mais la présence et l’action universelle de l’Esprit ne peuvent être simplement identifiées avec la présence et l’action particulière de ce même Esprit au cœur de l’Eglise du Christ. Dans un document intitulé Le christianisme et les religions (1987), la Commission théologique internationale précise :

« Bien qu’on ne puisse exclure la valeur salvifique des religions, cela ne signifie pas que tout en elles soit salvifique. On ne peut oublier la présence de l’esprit du mal, l’héritage du péché, l’imperfection de la réponse humaine à l’action de Dieu, etc. (cf. DA 30-31). Seule l’Eglise est le Corps du Christ, et c’est seulement en elle que se donne dans toute son intensité la présence de l’Esprit. Par conséquent personne ne peut rester indifférent à l’appartenance à l’Eglise du Christ et à la participation à la plénitude des dons salvifiques qui ne se trouvent qu’en elle (RM 55). »

Plus loin dans le même texte, la Commission ajoute avec prudence :

« L’affirmation de la possibilité de l’existence d’éléments salvifiques dans les religions n’implique pas en elle-même un jugement sur la présence de ces éléments dans chacune de ces religions particulières. »

Le document Dialogue et annonce 5 , émanant du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples précise cependant :

« C’est dans la pratique sincère de ce qui est bon dans leurs traditions religieuses et en suivant les directives de leur conscience, que les membres des autres religions répondent positivement à l’appel de Dieu et reçoivent le salut en Jésus-Christ, même s’ils ne le reconnaissent pas et ne le confessent pas comme leur Sauveur » (DA 29).

 

Notes :

  1. Déclaration conciliaire sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes : Nostra aetate (désormais NA). [retour]
  2. Décret conciliaire sur l’activité missionnaire de l’Eglise : Ad Gentes divinitus (désormais AG). [retour]
  3. Décret conciliaire sur la formation des prêtres : Optatam totius Ecclesiae renovationem (désormais OT). [retour]
  4. Constitution dogmatique sur l’Eglise : Lumen Gentium (désormais LG). [retour]
  5. Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et Congrégation pour l’évangélisation des peuples: Dialogue et annonce (désormais DA). [retour]

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