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II.2- Y aurait-il deux types de religions ?

La doctrine de l’unité originelle de toutes les religions dans une unique Tradition primordiale, ne correspond donc pas selon vous à la réalité ?

Outre le fait qu’elle est historiquement indéfendable, la doctrine de la Tradition primordiale est également intenable aux vues des conceptions incompatibles entre les deux types de religions que nous venons de définir. On ne peut ramener ces divergences à des différences secondaires sur des points de détails. Il s’agit de conceptions antagonistes en ce qui concerne la vision de Dieu, de l’homme et de leurs rapports. L’hypothèse de la Tradition primordiale est un mythe entretenu par le Nouvel Age précisément pour justifier les syncrétismes et valoriser unilatéralement la doctrine naturaliste. Or la divinisation de la nature ou la naturalisation de Dieu, demeure à jamais inacceptable pour les religions révélées.


Cela signifie-t-il qu’il faut nécessairement choisir ?

Effectivement : le caractère personnel ou impersonnel de l’Etre divin ; le statut ontologique de la nature – créée on émanée ; la réincarnation ou la résurrection, etc. ne sont pas des conceptions interchangeables. Et il ne suffit pas d’invoquer l’incarnation pour justifier le mariage entre la transcendance et l’immanence : dans la personne du Christ les deux natures, divines et humaines, demeurent distinctes, bien que parfaitement unies. De même, lorsque la grâce divine aura transformé notre nature à l’image de celle de Jésus-Christ, cette nature demeurera toujours créée, sans confusion avec la grâce incréée qui en aura fait son Temple.

Le syncrétisme, tant à la mode de nos jours, est une attitude « paresseuse » qui tente de faire l’économie d’un approfondissement des points de divergences, prétendant que ceux-ci relèvent d’une vision dualiste qui serait dépassée par l’expérience mystique. Certes le seul vrai Dieu est toujours au-delà de nos concepts, mais il n’est pas contradictoire. La raison ne peut contenir Dieu, mais elle n’est pas exclue de sa recherche.

Comme exemple de discours syncrétiste sous des aspects très doctes, citons l’enseignement magistral offert par le prof. Langdom à ses étudiants dans le premier ouvrage de D. Brown, Anges et Démons :

« Le christianisme a emprunté à bon nombre de religions. La canonisation des saints, par exemple, provient du principe de déification inventé par Euhemerus . La Sainte communion, la pratique qui consiste à “manger dieu”, est un héritage des Aztèques. Même le concept du sacrifice de Jésus, mort pour racheter nos péchés, n’est pas une pure invention chrétienne. On trouve des cérémonies d’autosacrifices de jeunes hommes pour sauver leur peuple, dans les premiers temps du culte de Quetzlacoatl .
Dans toutes les religions organisées, il n’y a en fait que très peu d’éléments véritablement inédits. Aucune d’elles n’est partie de zéro. Elles découlent plus ou moins les unes des autres. Les religions modernes sont des assemblages de croyances et de rites assimilés par l’histoire, une sorte de compilation des différentes tentatives de l’homme pour appréhender le divin » (AD 266).

Sans même vérifier la véracité des affirmations rapportées, nous dénonçons le procédé qui consiste à rapprocher des actions ou des symboles, voire même des éléments de doctrine, provenant de traditions hétéroclites, sur la simple base d’une lointaine similitude, sans se donner la peine de vérifier si la comparaison est pertinente. L’origine commune de toutes les religions est le principe a priori à partir duquel sont relues les diverses traditions. La comparaison des données cherche ensuite à « démontrer » la pertinence de l’axiome, en procédant à quelques rapprochements effectués de manière totalement acritique.

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