« J’annonce un nouveau Noël qui ne sera pas suivi de Pâques. Pâques qui déjà maintenant n’est que coquille vide » (24 déc. 1943).

« Si tu crois en toi-même, c’est en lui que tu crois. Ne t’égare pas : il n’y a que l’UN.
Sur la croix qui se dresse vers le ciel, sur elle, crucifié, le Fils de l’homme a parlé ainsi : “ Mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?” Et lui n’a pas répondu (28 avril 1944) ».

« Ne mettez pas dans votre bouche l’Hostie, mais soyez l’Hostie » (9 juin 1944).

« L’ancienne croix est vermoulue, le corps crucifié tombe en poussière avec elle. Mais le nouveau corps naît, il grandit. Le Nouvel Etre ouvre grand ses bras » (29 juin 1944).

« Au-delà de l’autel, au-delà de l’Eglise, là seul se trouve le Nouveau. L’Eglise est l’ancienne patrie, bastion autour des sentiments. La nouvelle loi, la nouvelle grâce la co-naissance remplit tout » (15 sept. 1944).
« La foi n’est que préparation : n’ayez plus de foi ! » (2 oct. 1944).

Gitta Mallasz, Dialogues avec l’Ange

Sans doute certaines personnes seront-elles étonnées – voire choquées – de ne voir citer que des extraits ambigus sur le Christ, alors que des passages édifiants de ce même ouvrage sont passés sous silence. A vrai dire, en ce qui concerne la christologie, nous n’avons trouvé que l’entretien 80 (20 oct. 1944), qui satisfasse aux exigences d’une lecture critique. Pour le reste, les « Anges » proposent plutôt un enseignement gnostique dans lequel il est impossible de retrouver la saveur évangélique. Le discours est confus, ouvert à de multiples interprétations. Même si le fil rouge est une invitation à la générosité et au courage dans le don, on ne peut s’empêcher de constater que le ressourcement ne se fait ni dans la croix du Seigneur Jésus Christ, ni dans ses sacrements, ni dans rien de ce que propose l’Eglise. Dans la stricte logique de l’humanisme ésotérique ou gnostique, l’homme est certes invité à faire le bien, à se donner, mais en ne s’appuyant que sur ses propres forces immanentes. Le ressourcement est supposé se faire dans un contact immédiat avec le Dieu intérieur, sans aucune médiation sacramentelle ou ecclésiale. Chacun de nous n’aurait qu’à devenir ce qu’il serait déjà et par nature : un christ.

Nous touchons peut-être ici au piège le plus subtil des ésotérismes christiques (mais peu chrétiens !) qui ne parlent pas du Jésus de l’Evangile, mais d’un « Christ », décrit dans un langage symbolique, totalement coupé de l’Incarnation concrète du Verbe éternel et des médiations qu’il a laissées à son Eglise.

Nous ne voulons pas ignorer les conditions héroïques de la mort de trois des quatre bénéficiaires des dialogues, qui semblent avoir été jusqu’au bout de l’invitation au don. Fort heureusement, Dieu écrit droit sur nos lignes courbes et la grâce profite de notre bonne volonté, même mal éclairée pour s’insinuer dans nos vies et nous faire porter un fruit qui dépasse les seules possibilités de la nature. Emettre un doute sur l’orthodoxie de ces « Dialogues » et sur la nature de ces « Anges » n’enlève rien au courage et à la générosité dont ont fait preuve ceux qui ont reçu leur message. Mais le trouble suscité par cet ouvrage en milieu chrétien ne plaide pas en faveur de l’origine divine de ces entretiens.