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Deux communautés fondatrices

Il est difficile de fixer une date de naissance précise au phénomène qu’il est convenu d’appeler «Nouvel Age». Un des spécialistes contemporains de la question des nouvelles religiosités, Massimo Introvigne, suggère l’année 1962 1. Il s’appuie pour cela sur deux faits importants dans l’histoire du développement du Nouvel Age:

-# La publication des premiers «guides» du Nouvel Age en Californie puis bientôt dans tous les Etats-Unis. Ces guides indiquent les livres, magasins et centres de formation qui adhèrent aux orientations générales du Nouvel Age et diffusent son esprit.
-# C’est aussi en 1961-62 que sont fondées les deux premières communautés dans la mouvance du Nouvel Age, à savoir Esalen en Californie et Findhorn en Ecosse.

Esalen Institut est fondée en 1961 à Big Sur – entre San Francisco et Los Angeles – par deux étudiants, Mike Murphy et Richard Price, tous deux diplômés de l’université de Stanford. Leur projet est de créer un centre dans lequel ils pourraient s’adonner à l’étude de la philosophie et de la psychologie, ainsi qu’aux disciplines ésotériques.

Il n’est sans doute pas indifférent que Mike Murphy ait passé 1 an ½ dans l’ashram de Shri Aurobindo à Pondichéry, où il a connu les enseignements dispensés par «la mère», héritière spirituelle d’Aurobindo.

Mike Murphy définit ainsi le projet:

«Esalen veut créer l’équivalent moderne de l’homme de la Renaissance, en mélangeant sans préjugé des techniques chinoises du Vème siècle aux acquis de la cybernétique.»

Nous pressentons derrière ces quelques lignes, le rêve d’une humanité anhistorique, l’utopie d’une synthèse dans l’espace et dans le temps, de tout ce que les cultures ont produit, sans discernement critique, dans une vision intégrale qui ressemble à une sorte de syncrétisme culturel.

Un des grands acteurs de Esalen sera Alan Watts. Ce docteur en psychologie et spécialiste de zen, est devenu un des maîtres à penser de la nouvelle «mystique», n’hésitant pas à préconiser l’usage de plantes hallucinogènes pour «ouvrir les portes de la perception».

Esalen deviendra un vaste laboratoire où convergeront toutes les nouvelles thérapies, psychotechniques et autres moyens d’induire des états modifiés de conscience.

Citons encore Aldous Huxley, Arnold Toynbee, Carl Rogers, Paul Tillich, Carlos Castaneda, J. B. Rhine, Abraham Maslow comme représentants prestigieux de la recherche sur la conscience et le cerveau, qui tous fréquenteront la Mecque du Nouvel Age.

Avec Findhorn nous quittons les Etats-Unis et nous volons jusqu’en Ecosse. La communauté de Findhorn fut fondée en novembre 1962 par Peter et Eillen Caddi ainsi que par Dorothy Mac Lean. Il faudrait sans doute citer également Sheena Govan parmi les fondateurs.

Selon David Spangler, qui en sera un des premiers co-responsables (1970), le secret de ce centre viendrait de la relation mystique établie entre les premiers communautaires et les forces spirituelles invisibles de la nature.

L’histoire de Findhorn repose sur des messages et des directives que les fondateurs auraient reçus de la part de deva, c’est-à-dire d’esprits de la nature.

Dans La voix des anges, Dorothy Mac Lean écrit:

«Les forces de la nature sont quelque chose qu’il faut ressentir, qu’il faut atteindre. Une de tes tâches, en tant qu’enfant libre, est de ressentir intérieurement les forces de la nature telles que le vent, de percevoir leur essence et leur but et d’être positive, de s’harmoniser avec cette essence.»

Et l’esprit poursuit son exhortation:

«Ouvre-toi et recherche ce royaume de la nature avec sympathie et compréhension. Tiens-toi à moi, tous ensemble vous construisez ce monde nouveau».

Ainsi va naître une vie collective théocratique où chacun des membres obéit au savoir spirituel acquis par les plus éveillés parmi eux, c’est-à-dire ceux qui reçoivent les messages de ces fameux esprits de la nature.

Enthousiaste, sir Georges Trevelyan – qui soutiendra financièrement la communauté – définit Findhorn comme:

«Une nouvelle société qui se consacre vraiment à Dieu et à la survie grâce à la collaboration consciente de l’être humain avec des êtres des mondes plus élevés».

Globalement, nous assistons à Findhorn à un mouvement de re-sacralisation de la terre et à la réapparition d’une conception animiste et mystique de la planète, appelée la déesse Gaïa selon la terminologie que le poète Hésiode (VIIIème siècle avant JC) avait déjà utilisée dans sa Théogonie. Le culte à la déesse Gaïa est au centre de la «deep ecology».

Ainsi donc, c’est principalement la fondation conjointe de ces deux communautés qui justifie le choix de l’année 1962 comme date de naissance du Nouvel Age.

 

Notes :

  1. M. Introvigne, New Age & Next Age, Piemme, Casale Monferrato, 2000, pp. 51-54. [retour]

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