Or, vous connaissez les temps où nous vivons, vénérables frères ; ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de désastres. Nous voyons s’éteindre dans un grand nombre d’âmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi ; la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l’Église de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l’astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le souverain pontificat ; les fondements mêmes de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. À quel degré on en est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c’est trop connu pour qu’il soit besoin de le dire. Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants, et le seul recours est de solliciter de la puissance divine la guérison. (…)

Nous jugeons très utile que le peuple chrétien s’habitue à invoquer avec une grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge, mère de Dieu, son très chaste époux, le bienheureux Joseph : agissant ainsi, nous avons la certitude de plaire à la sainte Vierge Marie elle-même et de répondre à son désir. (…)

Au sujet de cette dévotion, dont nous parlons publiquement pour la première fois aujourd’hui, nous savons sans doute que, non seulement le peuple y est incliné, mais qu’elle est déjà établie et en expansion. Nous avons vu, en effet, le culte de saint Joseph que, dans les siècles passés, les pontifes romains s’étaient appliqués à développer peu à peu et à propager, croître et se répandre à notre époque, surtout après que Pie IX, d’heureuse mémoire, notre prédécesseur, eut proclamé, sur la demande d’un grand nombre d’évêques, le très saint Patriarche patron de l’Église catholique. Toutefois, comme il est d’une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s’enracine dans les mœurs et dans les institutions catholiques, nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par notre parole et par notre autorité. (…)

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra pas être facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l’église principale de chaque lieu, un triduum de prières soit célébré. Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n’est pas une fête de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l’honneur de leur céleste patron, comme si c’était une fête de précepte. (…)

Donné à Rome près Saint-Pierre, le 15 août 1889, de notre pontificat l’an douzième.

Léon XIII, Pape.