Famille de Saint Joseph

Superstition, magie, sacrements

par | 16 janvier 2005

Et que diriez-vous de ces prières dont l’efficacité est garantie, à condition de les répéter un nombre déterminé de fois dans des circonstances bien particulières, accompagnées de tout un rituel ?

Vous venez de décrire un exemple de pratiques dénoncées par la Tradition sous le terme d’« art notoire ». Ce mot désigne un ensemble d’exercices de piété – en soi respectables – qui doivent être accomplies selon une procédure codifiée, dans le but de produire « immanquablement » l’effet escompté. Il est clair que ce genre de pratique, dont l’intention n’est plus la glorification de Dieu mais l’obtention « certaine » d’un résultat, n’est rien d’autre qu’une pratique magique condamnable.

Elle se fonde pourtant sur la prière et sur des exercices de piété…

Certes, mais détournés de leur finalité. Nous retrouvons l’esprit et la procédure de la démarche magique qui prétend manipuler le divin et le contraindre à répondre à nos exigences. Saint Augustin n’hésite pas à dénoncer ces « recettes » comme des « pactes symboliques où l’on traite et fait alliance avec les démons, que le chrétien doit rejeter totalement et fuir ». Actuellement bon nombre de « chaînes de prières efficaces » circulent – même en milieu chrétien. Elles invitent à accomplir certains actes de piété, et demandent à ce que ces recommandations soient ensuite transmises à un nombre déterminé de personnes. L’obéissance à cette procédure est censée garantir l’efficacité de la démarche. L’invitation s’accompagne parfois d’une liste de dangers encourus par les présomptueux qui se risqueraient à interrompre la chaîne. La Conférence épiscopale française a sérieusement mis en garde les croyants contre cette forme contemporaine de « l’art notoire », la dénonçant comme une pratique superstitieuse dangereuse.

Que dire alors du port des médailles, de la dévotion portée aux reliques et de bien d’autres pratiques de la religiosité populaire ; ne tombent-elles pas sous le coup de la superstition et dès lors du péché ?

Avec beaucoup de bon sens, saint Thomas nous ramène toujours à la vérification de la finalité, qui ne peut être que la gloire de Dieu et notre conversion. Je le cite : « Si le port des reliques est un témoignage de confiance en Dieu et en la protection des saints de qui elles proviennent, cela n’a rien de défendu. Mais si l’on attribuait de l’importance à quelque vain détail, par exemple la forme triangulaire du reliquaire, ou autre futilité sans rapport avec l’honneur de Dieu, il y aurait superstition et péché » 1.

N’y a-t-il pas un aspect « magique » aux sacrements ?

Les pratiques magiques, qui visent à manipuler les énergies immanentes à notre monde – considérées comme divines – pour obtenir certains résultats bien précis, ont un caractère privé, individuel, secret. Les sept sacrements sont tout au contraire autant de rencontres avec l’Altérité absolue du Dieu vivant, nous invitant à une communion d’amour transformante. Le but de toute rencontre sacramentelle ne peut être que la gloire de Dieu et la venue de son Règne que nous commençons par accueillir dans nos propres vies. Dans les sacrements, Dieu n’obéit pas à un rituel efficace par lequel il serait contraint de nous exaucer ; mais il se rend présent par pure grâce au rendez-vous qu’il nous a lui-même fixé pour nous combler des biens dont il sait que nous avons besoin.

Ceci dit, nous pressentons bien qu’il peut y avoir une manière « magique » de vivre les sacrements, qui ne correspond pas à l’intentionnalité divine. J’ose espérer que ces quelques lignes – et surtout l’aide de la grâce – nous auront permis de nous en corriger.

 

Notes :

  1. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa IIae, q.96, a.4, ad. 3. [retour]

Vous aimerez aussi