Famille de Saint Joseph

Le prĂȘtre et le magicien

par | 24 janvier 2005

« Dans toutes les religions, le prĂȘtre est un intermĂ©diaire entre les fidĂšles et leur dieu. Afin d’accomplir cela et pour transcender l’humanitĂ© du prĂȘtre, le dieu devrait dans l’idĂ©al demeurer en lui. Par consĂ©quent, l’invocation a toujours fait partie de la religion, ce qui ne veut pas dire que la religion ait le monopole de l’invocation. Aussi bien le magicien que le prĂȘtre doivent passer par la force de l’invocation. Le prĂȘtre invoque un dieu afin d’obtenir un pouvoir pour effectuer une transformation et “matĂ©rialiser” la force dans un sacrement qui devient – dans le christianisme – le sang et l’amour de dieu. Le magicien fait exactement la mĂȘme chose, bien qu’il ne limite pas son invocation au TrĂšs Haut, puisqu’il invoque aussi les aspects partiels de la divinitĂ© suprĂȘme qui sont formĂ©s par les dieux mineurs des diffĂ©rents panthĂ©ons correspondant Ă  son but. La magicien ne limite pas non plus la “matĂ©rialisation” de son invocation Ă  la consĂ©cration de l’Eucharistie ou Ă  une bĂ©nĂ©diction, mais il continue ce processus, soit en devenant “un” avec le dieu, soit en manipulant son influence et en la fixant sous la forme d’un talisman chargĂ© ou d’une arme consacrĂ©e. »

F. King et S. Skinner, Techniques de Haute-Magie

L’intĂ©rĂȘt de cet extrait consiste en la mise en parallĂšle stricte entre le prĂȘtre – en particulier chrĂ©tien – et le magicien. Pour nos auteurs, il n’y a pas de diffĂ©rence entre les deux dĂ©marches : dans les deux cas, il y aurait invocation d’une divinitĂ© en vue de « matĂ©rialiser » son influence, afin de pouvoir librement l’utiliser. L’action du magicien serait mĂȘme plus large, puisqu’il aurait le pouvoir d’invoquer non seulement la divinitĂ© suprĂȘme, mais aussi les divinitĂ©s subordonnĂ©es, afin de disposer de leur puissance.

Or c’est bien lĂ  que se creuse toute la diffĂ©rence. Car si le magicien peut invoquer « les aspects partiels de la divinitĂ© suprĂȘme », il est clair que celle-ci n’est pas une Puissance personnelle, mais une Ă©nergie impersonnelle, dont le magicien dispose Ă  son grĂ© et selon ses besoins. Le magicien n’entre pas dans un rapport personnel avec la divinitĂ© invoquĂ©e, mais – comme nous l’avions soulignĂ© dans l’analyse d’un autre extrait – il se met en Ă©tat de transe mĂ©diumnique, de maniĂšre Ă  pouvoir Ă©voquer des entitĂ©s astrales dont il tente de gagner les services. Il s’agit donc pour le magicien de s’ouvrir aux forces occultes immanentes et impersonnelles, dont il se servira dans ses sortilĂšges, avec l’aide des esprits Ă©voquĂ©s.

Nous sommes Ă  mille lieux de la dĂ©marche eucharistique : toute la cĂ©lĂ©bration se dĂ©ploie ici comme un long dialogue avec le Dieu transcendant et personnel que nous rĂ©vĂšle le Christ. PriĂšre essentiellement trinitaire, adressĂ©e au PĂšre, par le Fils et dans l’Esprit Saint. Au moment de la consĂ©cration, c’est le Christ JĂ©sus lui-mĂȘme qui opĂšre la transsubstantiation par la Parole consĂ©cratoire que prononce le prĂȘtre. Si celui-ci a le pouvoir de consacrer, ce n’est pas parce qu’il se serait mis en Ă©tat de mĂ©diumnitĂ©, ni en raison d’une initiation magique qui lui aurait assurĂ© l’assistance de l’une ou l’autre entitĂ© occulte, mais parce qu’il est revĂȘtu de l’onction du sacrement de l’Ordre, qui le configure au Christ tĂȘte. La vertu du sacrement n’est pas la simple matĂ©rialisation d’une force occulte qui serait dĂ©sormais liĂ©e au pain et que le fidĂšle pourrait s’approprier pour en disposer en le consommant ; ce que nous appelons la « prĂ©sence rĂ©elle » dĂ©signe la prĂ©sence substantielle du RessuscitĂ©, personnellement prĂ©sent dans son Corps glorieux et son Sang vivifiant, sous les espĂšces du pain et du vin consacrĂ©s. La communion eucharistique rĂ©alise la finalitĂ© du sacrement, Ă  savoir l’union d’amour entre la personne du croyant et la Personne de JĂ©sus-Christ, Seigneur et Sauveur, en qui nous avons accĂšs au PĂšre dans l’Esprit Saint.

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