F. King et S. Skinner, Techniques de Haute-Magie
LâintĂ©rĂȘt de cet extrait consiste en la mise en parallĂšle stricte entre le prĂȘtre â en particulier chrĂ©tien – et le magicien. Pour nos auteurs, il nây a pas de diffĂ©rence entre les deux dĂ©marches : dans les deux cas, il y aurait invocation dâune divinitĂ© en vue de « matĂ©rialiser » son influence, afin de pouvoir librement lâutiliser. Lâaction du magicien serait mĂȘme plus large, puisquâil aurait le pouvoir dâinvoquer non seulement la divinitĂ© suprĂȘme, mais aussi les divinitĂ©s subordonnĂ©es, afin de disposer de leur puissance.
Or câest bien lĂ que se creuse toute la diffĂ©rence. Car si le magicien peut invoquer « les aspects partiels de la divinitĂ© suprĂȘme », il est clair que celle-ci nâest pas une Puissance personnelle, mais une Ă©nergie impersonnelle, dont le magicien dispose Ă son grĂ© et selon ses besoins. Le magicien nâentre pas dans un rapport personnel avec la divinitĂ© invoquĂ©e, mais – comme nous lâavions soulignĂ© dans lâanalyse dâun autre extrait â il se met en Ă©tat de transe mĂ©diumnique, de maniĂšre Ă pouvoir Ă©voquer des entitĂ©s astrales dont il tente de gagner les services. Il sâagit donc pour le magicien de sâouvrir aux forces occultes immanentes et impersonnelles, dont il se servira dans ses sortilĂšges, avec lâaide des esprits Ă©voquĂ©s.
Nous sommes Ă mille lieux de la dĂ©marche eucharistique : toute la cĂ©lĂ©bration se dĂ©ploie ici comme un long dialogue avec le Dieu transcendant et personnel que nous rĂ©vĂšle le Christ. PriĂšre essentiellement trinitaire, adressĂ©e au PĂšre, par le Fils et dans lâEsprit Saint. Au moment de la consĂ©cration, câest le Christ JĂ©sus lui-mĂȘme qui opĂšre la transsubstantiation par la Parole consĂ©cratoire que prononce le prĂȘtre. Si celui-ci a le pouvoir de consacrer, ce nâest pas parce quâil se serait mis en Ă©tat de mĂ©diumnitĂ©, ni en raison dâune initiation magique qui lui aurait assurĂ© lâassistance de lâune ou lâautre entitĂ© occulte, mais parce quâil est revĂȘtu de lâonction du sacrement de lâOrdre, qui le configure au Christ tĂȘte. La vertu du sacrement nâest pas la simple matĂ©rialisation dâune force occulte qui serait dĂ©sormais liĂ©e au pain et que le fidĂšle pourrait sâapproprier pour en disposer en le consommant ; ce que nous appelons la « prĂ©sence rĂ©elle » dĂ©signe la prĂ©sence substantielle du RessuscitĂ©, personnellement prĂ©sent dans son Corps glorieux et son Sang vivifiant, sous les espĂšces du pain et du vin consacrĂ©s. La communion eucharistique rĂ©alise la finalitĂ© du sacrement, Ă savoir lâunion dâamour entre la personne du croyant et la Personne de JĂ©sus-Christ, Seigneur et Sauveur, en qui nous avons accĂšs au PĂšre dans lâEsprit Saint.
