« Du point de vue de l’esprit dans son véritable sens, aucun savant authentique ne pourra trouver de contradiction entre sa science fondée sur les réalités du monde sensible et la recherche qui s’applique au suprasensible. Tout savant se sert d’instruments et de méthodes ; il crée des instruments avec ce que la nature lui fournit. Le mode de connaissance supra-sensoriel se sert aussi d’instrument, mais c’est l’homme lui-même. Et il faut tout d’abord préparer cet instrument en vue de la recherche spirituelle. Il faut que les facultés et les forces qui sont données à l’homme par la nature, sans qu’il y soit pour rien, se transforment en facultés et en forces supérieures. C’est ainsi qu’il peut faire de lui-même l’instrument de ses recherches dans le monde suprasensible. »

Rudolf STEINER, La science de l’occulte

Cette citation nous ramène au cœur du débat épistémologique entre l’occultisme et les disciplines dites « scientifiques », débat sur lequel il est bon de revenir en raison de son importance fondamentale. Nous ne partageons pas la conviction de R. Steiner selon laquelle les scientifiques contemporains ne trouveraient rien à redire à la méthode de l’occultisme, et accepteraient dès lors la recherche occulte dans l’agora des disciplines scientifiques. On ne peut en effet mettre sur un pied d’égalité les instruments objectifs, créés et utilisés communautairement par les savants, et les facultés subjectives de chaque individu, que celui-ci est seul à pouvoir appréhender et dont il est le seul à pouvoir se servir.

Certes la subjectivité du savant intervient à toutes les étapes de l’élaboration d’une théorie, depuis l’intuition intellectuelle portant sur la nature du phénomène étudié, en passant par la construction de l’instrument – qui « incarne » une théorie antérieure – jusqu’à l’interprétation finale des résultats. Prenons par exemple le discernement entre la nature corpusculaire ou ondulatoire de la lumière. Le savant fait un choix fondé sur une intuition subjective de la vraie nature du phénomène. Il conçoit ensuite un appareil de mesure sur base de l’hypothèse retenue, de manière à ce que les résultats objectifs confirment – ou falsifient – son pressentiment. Nous ne nions donc pas la participation essentielle de la subjectivité du savant dans son travail de recherche ; mais au terme de sa démarche, les éléments subjectifs disparaissent derrière les résultats objectifs – et dès lors vérifiables par tous – qu’il propose à la communauté scientifique. Tout chercheur, quel qu’il soit, qui met en pratique le protocole d’expérience proposé dans une publication scientifique, est en droit de s’attendre à obtenir les mêmes résultats que l’auteur de la communication. Si tel n’est pas le cas, il réfute la publication et par là même les travaux de son collègue. Cette objectivité qualifiée de « faible », constitue le minimum requis pour que la publication puisse obtenir le label « scientifique ». Les efforts subjectifs du savant, qui accompagnent tout son travail de recherche, doivent donc être traduits dans un langage quantitatif, par le biais d’un appareil de mesure matériel. Les observations obtenues grâce à cet instrument, permettent de sortir du domaine subjectif incommunicable, pour rejoindre l’objectivité de résultats vérifiables par tous.

Or tel n’est pas le cas dans l’occultisme, dont l’appareil de mesure est purement subjectif, puisqu’il consiste essentiellement dans les facultés psychiques du chercheur lui-même. L’occultisme ne sort donc pas de la sphère intérieure subjective. Comme le chercheur est à lui-même son propre instrument de recherche, il ne peut communiquer que des résultats subjectifs, qui ne satisfont pas à l’exigence de l’objectivité faible, comme le prouvent les divergences profondes entre les informations proposées par les différentes écoles ésotéro-occultes.