Cathares

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Hannah

Cathares

Message par Hannah »

Mon Père,

Qui étaient les cathares? Quelle était leur doctrine? Pourquoi ont-ils été persécutés par l'Inquisition?

Je vous remercie.

P. Joseph-Marie
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Enregistré le : 5 sept. 2003

Message par P. Joseph-Marie »

Le terme cathare - d’origine grecque, dérivé de kajarov, qui signifie "pur" - désigne un courant de pensée dualiste qui se manifeste en Occident dans la seconde moitié du 12ème siècle. C’est en Rhénanie qu’apparaissent les premières communautés structurées portant le nom de "cathares" ou "pauvres du Christ", ayant déjà leurs évêques et leurs "élus". En quelques années, le mouvement va se répandre du Rhin aux Pyrénées, recrutant dans tous les milieux, mais principalement parmi le petit peuple ouvrier des villes et des campagnes. Il s’installera solidement dans le midi Occitan, plus particulièrement dans la région de Toulouse, Carcassonne et Albi - d’où le nom d’"Albigeois". Les cérémonies se serviront même de la langue provençale.
La foi cathare repose sur la conviction que ce monde visible et tout ce qu’il renferme est l’œuvre du diable ; mais il est un autre univers formé de créatures incorruptibles et éternelles.
Si la tendance modérée est monothéiste et considère que Dieu a permis à Satan d’organiser le monde, la tendance radicale croit en deux principes éternels, absolus, rivaux, le bon et le mauvais, régnant chacun sur un royaume distinct : l’un invisible, spirituel, lumineux, bon ; l’autre visible, matériel, mauvais. Plus exactement, le Mal, principe préexistant, s’enracine progressivement dans la matière après que l’homme - originellement bon - se soit laissé entraîner dans la chute par Satan. Aussi l’homme doit-il se détacher de la matière par une ascèse rigoureuse, afin que son esprit puisse à nouveau s’unir au Principe lumineux. Ceux qui ont vécu dans la chair, sont condamnés à passer par le cycle des renaissances : l’âme ère en des corps successifs, jusqu’au jour où elle accepte de se purifier par un rite d’initiation, appelé consolamentum. Ce « baptême » - sans eau ni huile, éléments jugés trop matériels, mais dans le feu de l’Esprit - est sensé conférer le salut et apporter la consolation dont jouirent les Apôtres le jour de la Pentecôte.
L’expansion de la secte et surtout le ton de plus en plus agressif vis à vis de l’Eglise oblige celle-ci à réagir : l’analyse de la doctrine cathare, met à jour les contradictions internes du système qui sont dénoncées et condamnées.
En 1119, le pape Calixte II vient prêcher à Toulouse ; mais ni sa parole, ni ses décrets d’excommunication ne sont entendus.
En 1140, le pape Eugène II envoie Albéric, cardinal-évêque d’Ostie, Geoffroy, évêque de Chartres et Saint Bernard en mission pour poursuivre les hérétiques. Ils prêchent à Poitiers, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors, Verfeil, Albi, etc., mais sans grand résultat : Saint Bernard est conspué à Verfeil, et Albéric subit le même sort à Albi.
Les Concile de Reims (1148), Tours (1163) condamne l’hérésie et le 3ème Concile de Latran prononce l’anathème contre les Albigeois : en vain.
Devant la stérilité de leurs efforts, les théologiens passent le dossier aux Inquisiteurs, dont la réaction deviendra de plus en plus énergique, conduisant aux "croisades albigeoises" de triste mémoire, qui vont ensanglanter une grande partie du midi de la France.
L’hérésie, éradiquée manu militari de l’Occitanie vers le milieu du 13ème siècle, s’éteindra peu à peu d’elle-même dans toute l’Europe, minée par les controverses suscitées par ses contradictions doctrinales internes. (extrait de mon ouvrage « La déité sans nom et sans visage », Saint-Paul, Versailles, 2001).

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