Puissance de Dieu

Verrouillé
Victor

Puissance de Dieu

Message par Victor »

Cher père
Je me régale des réponses que vous donnez à mes questions et à celles poséees par d'autres frères et soeurs. Merci...mais il est difficile de changer nos images mentales acquises dans notre milieu d'origine concernant la foi...la connaissance de l'Etre (=Dieu, pur Esprit) et de la compréhension de l'évangile... J'en reviens à ma question sûrement 1000 fois rabâchée:
Dans le "Je crois en Dieu, le père tout puissant..." on qualifie Dieu de père tout puissant...Le père Varillon affirme que c'est son amour de Père qui est tout puissant...D'accord, je l'admets mais je ne peux pas enlever de mon esprit que Dieu est tout puissant dans le sens qu'il a quand même créé le ciel, la terre et tout ce qu'il contient; sa puissance s'est manifestée dans les miracles de Jésus, dans la libération de son peuple, dans les guérisons physiques, morales, spirituelles...(Lourdes) donc je l'invoque (c'est "le prier sans cesse"; "Demandez et vous obtiendrez") souvent sous cet aspect de "Tout Puissant" pour qu'Il guérisse mes amis malades de cancer, qu'il change le coeur des guerriers, qu'il réconcilie les époux divorcés, mon égoîsme et tutti quanti... M'illusionné-je sur la Puissance de Dieu?

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

La toute-puissance de Dieu est effectivement infinie, mais comme il s’agit de la toute-puissance de l’amour, elle est aussi libre de se limiter au nom de cet amour. C’est bien par amour que Dieu respecte la liberté de l’homme, et ce respect l’a conduit jusqu’à la Croix.
Pour ce qui est des épreuves de la vie, oui il est juste et bon d’implorer le secours de Dieu, tout en sachant que nous ne voyons qu’un aspect des choses. Pourquoi Jésus a-t-il laissé mourir Lazare alors qu’il savait que son « ami » était malade ? Notre-Seigneur répond lui-même : pour que soit manifestée la gloire de Dieu. Je crois en cette réponse - sans prétendre tout comprendre - mais je n’oserai pas la donner à quelqu’un qui souffre horriblement dans son âme ou dans son corps, même si je suis sûr qu’un jour il « verra » que Jésus avait dit vrai.
Tout cela est bien mystérieux : il faut maintenir la toute-puissance de Dieu et accepter de ne pas comprendre son apparente impuissance dans certaines situations dans lesquelles nous aimerions tant qu’il intervienne…

Floence J. (84ans)

la toute puissance de Dieu

Message par Floence J. (84ans) »

Je passais, il y a quelques jours, devant Notre Dame de Paris. J'ai pris le temps d'admirer les sculptures des trois portails de la façade principale.
Dans celle du milieu, on assiste au Jugement Dernier. Deux anges jouent de la trompette et les morts se redressent dans leurs tombeaux, repoussent la pierre qui les ferment et ressuscitent.
Au-dessus, un ange dispute au démon les âmes des Justes destinés au ciel où ils accèdent libres. Enchaînés, les condamnés aux enfers sont entraînés vers leur perte par un diable monstrueux.
Au-dessus, Jésus est assis dans sa gloire triomphante. Il est le Juge, celui qui a le pouvoir de partager l'humanité en bons et en méchants.
Ces scènes ornent la plupart de nos églises anciennes. La chrétienté tout entière comprenait ces images et croyait à la réalité et à la solennité publique du Jugement Dernier.
Cette scène, quand j'étais enfant, je l'avais en esprit et nous y pensions car elle nous impressionnait par son caractère collectif.
C'est toute l'humanité qui était jugée.
Vatican II a bouleversé nos croyances enfantines dispensées par nos prêtres d'antan. J'imagine que ceux-ci ne s'y retrouveraient pas plus que moi s'ils savaient qu'aujourd'hui le côté spectaculaire et solennel de la représentation chrétienne a été gommé soigneusement, et que chacun fait son paradis à sa mesure, lui-même, sans que Jésus intervienne.
L'Eglise ne comprend-elle pas qu'en privatisant la foi, au détriment de ce qui était public et solennel, elle a chassé une grande partie des croyants qui avaient besoin de cette grandiose imagerie.
L'imaginaire chrétien a tenu pendant des siècles d'unique imaginaire pour tous les peuples d'Europe. Le protestantisme puis la révolution française, en détruisant les statues, ont mis fin à l'imaginaire chrétien et l'Eglise elle-même a terminé l'oeuvre de destruction entreprise par ses adversaires.
Nos églises modernes sont froides, muettes. Les crucifix ne sont plus la plupart du temps des images humaines mais des sortes d'avortons mal formés.
Pourquoi ce reniement de cette parole imagée, colorée, incarnée dans la pierre et dans le verre coloré, qui donnait corps à l'enseignement de l'Eglise? Le cinéma impose ses images à la terre entière, tandis que l'Eglise, de façon aberrante, détruit les siennes ou prend bien garde d'en inventer de nouvelles.
Un Pape comme Jules II a eu le courage de confier à un peintre génial notoirement homosexuel le soin de peindre la Chapelle Sixtine.
Je suis certain qu'aucun Pape aujourd'hui aurait l'audace de son prédécesseur. Dommage. Ce n'est pas en se recroquevillant sur elle-même que l'Eglise retrouvera sa place. A croire qu'elle s'applique à se détruire elle-même.
Rendez-nous le Jugement dernier. Le catholicisme à la carte, chacun pour soi, ne nous intéresse pas. Ayez plus que du courage. Ayez de l'ambition. L'Eglise est frileuse, elle se parle à elle-même dans un langage abstrait, ancien, enrichi de mots savants que peu de gens comprennent, mais qui la rassure et lui fait croire qu'elle est éternelle. Jésus parlait le langage populaire et imagé de son temps. Il n'était pas diplomé de théologie savante. Pourquoi cette frilosité et cette façon médiocre de s'enterrer dans la tradition ? « Laissez les morts ensevelir les morts ».

bertrand

le langage du Père et celui du Fils

Message par bertrand »

Je lis ce passage de la Bible:
- Le Seigneur dit à Moïse : "J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselante de lait et de miel, vers le pays de Canaan. La clameur des fils d'Israël est parvenue jusqu'à moi, et j'ai vu l'oppression que leur font subir les Egyptiens. Et maintenant, va ! Je t'envoie chez Pharaon : tu feras sortir d'Egypte mon peuple, les fils d'Israël." -
Ce texte est magnifique. On voit et entend Dieu tel que l'on aime qu'il soit, ardent, combatif, décidé à faire régner la Justice sur la terre et ami fervent et fidèle de son peuple.
Jésus n'a pas du tout le même langage que son Père.
Il n'est pas spécialement combatif; en tout cas il ne se soucie aucunement de la domination de Rome sur la Palestine. Il se contente de dire: "Rendez à César ce qui est à César", parlant comme si l'occupation romaine était un événement négligeable qui ne nécessitait pas que l'on s'en soucie.
Si je comprends le langage du Père, j'avoue m'étonner des propos du Fils et surtout de la façon qu'il a d'ignorer les événements qui ont marqué l'histoire des nations.
En justifiant indirectement le pouvoir et l'autorité de César, Jésus voulait-il nous dire qu'il était inutile de combattre l'oppression, l'occupation étrangère, l'injustice et que nous devions nous montrer dociles et soumis comme lui-même sur le Golgotha?
Ne devions-nous pas combattre les nazis?
Pourquoi ces deux langages si différents, celui du Père et celui du Fils?
Comment expliquer les interventions du Père dans l'histoire humaine et l'absence d'interventions de son Fils, et même son indifférence à l'histoire de son peuple?
Tandis que les nazis exterminaient le peuple juif, Dieu, le Dieu d'Abraham et de Moïse se taisait.
Difficile de comprendre ces comportements qui ne concordent pas entre eux.

P. Joseph-Marie
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Enregistré le : 5 sept. 2003

Message par P. Joseph-Marie »

J’avoue être surpris, car personnellement je lis l’incarnation rédemptrice comme l’accomplissement de ce texte qui moi aussi me parle beaucoup. Jésus n’est-il pas le Verbe de Dieu qui est « descendu pour nous délivrer de la main de nos Ennemis et nous faire monter » vers « son Père et notre Père » ? Certes il n’est jamais entré dans le rôle d’un chef politique - heureusement d’ailleurs ! - ce qui ne veut pas dire qu’il se désintéresse de la situation de son pays ; seulement il refuse d’entériner la distinction amis-ennemis, et nous invite à « Aimer nos ennemis, et prier pour nos persécuteurs, afin de devenir fils de notre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-il pas autant ? » (Mt 5, 44-46).
N’oublions pas que la Révélation culmine avec Jésus : c’est en lui que nous entendons la pleine révélation de la Parole du Père ; c’est en lui que nous découvrons la charte du Royaume des cieux. La Torah invitait à aimer son prochain comme soi-même, mais ce prochain était entendu comme le frère de la nation juive. Lorsque Jésus reprendra cette parole, il lui donne une extension universelle : tout homme devient mon frère.
Cette exigence de Jésus exprimée dans l’Evangile nous oblige à réfléchir à nouveau frais les relations entre peuples, entre autres au niveau de la légitimité de la guerre : « y a-t-il des guerres justes ? » est un thème classique dans ce domaine. L’Eglise répond que seule une guerre de défense contre un agresseur, lorsque toutes les autres possibilités ont été épuisées, est justifiée.
Pour ce qui est de la shoah, pensez à la réaction d’un Saint Maximilien Kolbe, qui répondait au SS qui après l’avoir battu, lui ordonnait de ne pas le regarder avec une telle intensité d’amour : « Tu peux tout me prendre mon frère : ma liberté, ma santé, et même ma vie, mais tu ne peux m’empêcher de t’aimer ». Dieu ne se taisait pas : il parlait par ses Saints au milieu de la tourmente. Depuis la Croix, il est toujours du côté du plus faible.

bertrand

suite

Message par bertrand »

Ai-je bien compris ce que vous avez écrit dans votre message précédent?
Si je me situe dans le temps de l'Ancien Testament, il est licite de supposer que l'Eternel serait descendu du ciel pour châtier les nazis alors que, dans les Evangiles, Jésus s'abstiendrait de prendre parti pour les juifs ou les nazis, car il aime autant les bourreaux que les victimes.
Nous avons affaire à deux comportements bien distincts. Autant je comprends l'acte du Père, autant j'ai du mal à comprendre celui du Fils.

L'amour que le Père Kolbe porte à son bourreau n'empêchera pas, hélas, celui-ci de commettre son crime ni de le prolonger en torturant d'autres victimes. A quoi sert d'aimer son prochain si celui-ci est un criminel "professionnel", comme c'était le cas des bourreaux d'Auschwitz, si ça ne lui fait pas changer de comportement ?
Est-ce qu'agir comme le fait le Père Kolbe a soulagé la souffrance des juifs, enfants y compris soumis à d'abominables tortures ? Excusez-moi, mon Père, mais ce sont ceux qui m'intéressent pas le bourreau. La victime serait-elle chargée de sauver son assassin?
Une mère qui voit son fils mourir sous ses yeux, dans le camp de la mort, de la cruauté des maîtres peut-elle aimer son assassin? Si le Père Kolbe avait vu un nazi écraser le crâne de son propre enfant sous ses yeux aurait-il aimé d'amour l'assassin?
J'espère qu'il aurait été animé d'une saine colère et que tout son être se serait révolté.

Pourtant c’est celui du Fils qui nous révèle en plénitude le sens de la parole de l’exode que vous citez. N’oubliez pas que nous lisons l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau. Il n’y a pas un « Dieu vengeur » qui nous parlerait dans la première Alliance, suppléé ensuite par un Dieu bon, Jésus-Christ. Cette position gnostique opposant le Dieu de l’Ancien Testament à celui du Nouveau Testament, est hérétique. Il n’y a qu’un Logos, le Verbe éternel de Dieu, et c’est déjà lui qui parlait par les prophètes. Mais comme la plénitude de l’Esprit n’était pas encore répandue sur l’humanité, les prophètes n’ont pu interpréter que partiellement le message inspiré qu’ils ont été invités à transmettre. C’est Jésus qui nous révèle dans toute son ampleur, l’exigence de l’amour. Souvenez-vous que sur la Croix Jésus prie pour ses bourreaux, ses juges, et également pour le larron qui est crucifié à sa droite. Oui : pour les victimes, les coupables, les bourreaux : tous sont enfants du Père et bénéficie de son attention, de son souci, de sa miséricorde, si du moins ils veulent bien la recevoir.

Que notre nature se révolte contre l’injustice et qu’elle hait le coupable, est tout à fait « normal » et même inévitable : les passions de l’âme s’imposent à nous comme des réflexes de notre nature animale (Saint Thomas d’Aquin). Mais précisément : nous ne sommes pas que des animaux, ni même que des animaux rationnels, mais des fils et des filles de Dieu, invités à nous aimer jusqu’au cœur des pires contradictions. Nous sommes invités à maîtriser les passions de l’âme avec la grâce de l’Esprit Saint, afin de mettre en œuvre le programme des béatitudes. « Soyez saints comme votre Père céleste est saint » nous ordonne Jésus, et la sainteté est ici décrite en terme de miséricorde inconditionnelle. Je ne dis pas que c’est facile : je prétends même qu’à l’homme c’est impossible, « mais à Dieu rien n’est impossible » ajoute Jésus. Les saints nous le prouvent : avec la grâce divine, l’homme dépasse infiniment l’homme.
Je n’oserais pas dire que ces morts sont vaines lorsque je me souviens que le Christ a sauvé le monde non pas en faisant des œuvres de puissances, ni en descendant de la croix comme le suggéraient les prêtres et scribes, mais en acceptant une mort ignominieuse réservée aux esclaves et aux grands criminels.



Si être chrétien c'est prendre des coups et remercier celui qui vous les donne alors je vous jure qu'il n'y a pas sur terre plus de deux chrétiens.

marthe

aimer ses ennemis?

Message par marthe »

Celui, qui en temps de guerre, aime son ennemi, est tué impitoyablemet par ce dernier.
Celui qui prend les armes pour défendre sa liberté n'a pas le souci d'aimer son adversaire.
Il faut choisir.
Je pense que l'amour de la liberté mérite que l'on meure pour la défendre. J'ajoute que l'amour de la liberté et de la Patrie sera toujours prioritaire. Il passe bien avant un éventuel amour de ses ennemis.
C'est un devoir pour chaque citoyen de combattre, les armes à la main, ceux qui envahissent le territoire où il vit. Sinon, il est un lâche.
Une telle position citoyenne est-elle opposée à la position de l'Eglise?

La doctrine de l’Eglise en cette matière consiste à dire qu’il est légitime de prendre les armes pour défendre ceux qui nous sont confiés contre une agression injuste. Auquel cas je tue cet ennemi non pas pour défendre ma vie – car la sienne vaut autant que la mienne ! – mais pour défendre ma femme, mes enfants, ou plus largement les membres de la patrie à laquelle j’appartiens.
Mais cet homicide ne devrait pas s’accompagner de haine, et n’est même pas incompatible avec l’amour envers ce frère que je suis obligé d’empêcher de commettre des actes intolérables.
Tout cela peut paraître « étrange » voire contradictoire, mais je suis sûr qu’à la réflexion vous en verrez la cohérence avec le Sermon sur la montagne, où Jésus nous invite à aimer nos ennemis et non pas à les haïr, même si dans le cas extrême qui nous occupe, la choix du moindre mal m’oblige de le tuer
.

mathilde

à propos du Père Kolbe

Message par mathilde »

Lorsqu'une douzaine de détenus sont condamnés à mourir de faim et de soif dans un bunker souterrain d'Auchwitz, Maximilien Kolbe prend volontairement la place d'un père de famille et accompagne jusqu'au dernier moment le martyre de tous ses compagnons. Achevé par une injection d'acide à l'âge de 47 ans, son corps sera brûlé le lendemain, un 15 août, jour de la glorification de Marie.
Je pense que le Père Kolbe, faisant preuve d'un courage et d'une charité exceptionnels, a, avant tout, manifesté de l'amour pour le père de famille qu'il a si généreusement sauvé de la mort.
C'est un exemple magnifique qui suscite l'admiration.
Il n'a pas agi par amour des nazis.

Verrouillé