Mon Père,
Jésus, dans son discours sur le Pain de vie dans l'Évangile de saint Jean, nous dit que « celui qui mange [sa] chair et qui boit [son] sang demeure en lui ». Pourquoi dit-il à ses disciples tout de suite après que la « chair ne sert à rien » ?
Je vous remercie.
« La chair ne sert à rien » ???
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P. Joseph-Marie
- Messages : 1327
- Enregistré le : 5 sept. 2003
Votre question me permet de souligner encore combien le contexte est essentiel pour comprendre un passage ou un mot particuliers.
Dans le discours du pain de vie (Jn 6), Jésus conduit son auditoire à reconnaître d’abord que sa Parole est la vraie nourriture dont l’homme devrait se nourrir ; qu’il est la Parole qui sort de la bouche de Dieu et qui constitue « le vrai Pain du ciel qui donne la vie au monde ». Puis il achemine ses interlocuteurs vers la prise de conscience que cette vie leur sera proposée à travers l’épreuve de sa mort : la chair séparée du sang symbolisent la mort de la victime. Le verbe « manger » prolonge ce qui se disait du Pain de vie ; la séparation de « la chair » et du « sang » indique que Jésus, le vrai Pain de vie, ne donnera la vie au monde qu’à travers son immolation.
Dans l’autre passage auquel vous faites allusion, le contexte est tout autre, et oppose cette fois la chair à l’Esprit : « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63). Il faut bien sûr rapprocher ce verset de l’échange avec Nicodème : « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit » (Jn 3, 6). Du coup on comprend qu’ici Jésus oppose la naissance « d’en bas », charnelle et terrestre, à la nouvelle naissance, d’ « en haut », spirituelle et céleste.
Dans le discours du pain de vie (Jn 6), Jésus conduit son auditoire à reconnaître d’abord que sa Parole est la vraie nourriture dont l’homme devrait se nourrir ; qu’il est la Parole qui sort de la bouche de Dieu et qui constitue « le vrai Pain du ciel qui donne la vie au monde ». Puis il achemine ses interlocuteurs vers la prise de conscience que cette vie leur sera proposée à travers l’épreuve de sa mort : la chair séparée du sang symbolisent la mort de la victime. Le verbe « manger » prolonge ce qui se disait du Pain de vie ; la séparation de « la chair » et du « sang » indique que Jésus, le vrai Pain de vie, ne donnera la vie au monde qu’à travers son immolation.
Dans l’autre passage auquel vous faites allusion, le contexte est tout autre, et oppose cette fois la chair à l’Esprit : « C'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63). Il faut bien sûr rapprocher ce verset de l’échange avec Nicodème : « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit » (Jn 3, 6). Du coup on comprend qu’ici Jésus oppose la naissance « d’en bas », charnelle et terrestre, à la nouvelle naissance, d’ « en haut », spirituelle et céleste.
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Hannah
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P. Joseph-Marie
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Bien sûr que si ! La présentation de Saint Jean est une merveilleuse ascension vers une interprétation eucharistique sans cesse suggérée, mais qui ne s’affirme qu’à la relecture de l’ensemble. Jésus conduit son auditoire de ce qu’ils connaissent – la manne, le pain de la Parole de Dieu – vers ce qu’ils ignorent encore – le sacrifice rédempteur suggéré par la séparation de la chair et du sang. Le rapprochement entre le pain et le corps suggère l’Eucharistie précisément en raison de la dimension sacrificielle, qui est absente du simple pain de la Parole. Jésus suggère ce qui s’éclaircira plus tard, le jeudi saint, et même plus tard encore, le vendredi saint et au matin de Pâque. Car n’oublions pas que c’est à la lumière de Pâque que Saint Jean écrit son Evangile ; je devrais dire à la lumière de l’Esprit de Pentecôte, qui illumine la Pâque et en révèle la plénitude de sens, ainsi que celui de l’Eucharistie.
Ainsi donc Saint Jean rapporte le discours du pain de vie en respectant la pédagogie de Jésus, qui a suggéré intentionnellement l’Eucharistie, mais ne pouvait pas encore en parler explicitement : il ne pouvait que préparer la route à la révélation ultérieure du Mystère.
Ainsi donc Saint Jean rapporte le discours du pain de vie en respectant la pédagogie de Jésus, qui a suggéré intentionnellement l’Eucharistie, mais ne pouvait pas encore en parler explicitement : il ne pouvait que préparer la route à la révélation ultérieure du Mystère.