julien a écrit :J'ai toujours eu cette pensée que Jésus ne souffrait pas avec la même intensité que l'esclave crucifié à ses côtés. Jésus est Dieu, il le sait, il sait qu'il ne mourra jamais. Il sait que sa mort physique n'est nullement insurmontable puisqu'il est le Dieu vivant et que Dieu ne peut se laisser enfermer ni dans la souffrance ni dans la mort. Jésus est Dieu et homme inextricablement mélés. Sa nature humaine ne peut dominer sa nature divine allant jusqu'à l'étouffer. Sa souffrance et sa mort humaines sont toujours assumées par sa nature divine.
L'Eglise nous attendrit, tire de notre coeur les plus compatissantes émotions, en nous montrant un Jésus uniquement humain. Ce Jésus submergé par l'angoisse si naturelle de la mort appelle son Père au secours : "Pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette phrase ne veut rien dire. Jésus étant Dieu n'a pus s'abandonner lui-même. Dieu ne peut pas s'absenter de son être.
Permettez-moi de creuser avec vous le mystère, sans oublier surtout que la souffrance rédemptrice du Christ est avant tout un mystère !
Vous dites que Jésus sait qu’il ne mourra jamais ; permettez-moi de corriger : il sait au contraire qu’il va mourir dans d’atroces souffrances ; il a même prévenu ses disciples de sa mort prochaine. Et il va bel et bien mourir dans son humanité. N’oubliez pas que c’est son humanité qui parle dans les Evangiles. Jésus ne fait pas semblant durant l’agonie de Gethsémani. Il a réellement souffert, et infiniment plus que tout ce qu’un homme pourrait souffrir en raison de l’infinie perfection de son humanité. Il sait certes – et l’a annoncé – qu’il ressusciterait, mais cela n’enlève rien aux souffrances de la Passion.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire en écrivant que l’Eglise ne nous présente un Jésus « uniquement humain » : ce serait une hérésie ! Le dogme de l’union hypostatique affirme clairement les deux natures en Christ.
Quant à affirmer que le cri de Jésus en croix ne veut rien dire, je comprends encore moins cette remarque : je croyais que les Evangiles étaient inspirés ? Je n’ai pas à me faire juge de la Révélation, mais à l’accueillir et à essayer d’entrer dans le mystère. Certes le Fils de Dieu n’a jamais été abandonné par son Père : c’est ontologiquement impossible. Mais il a pu faire l’expérience humaine de cette déréliction ; humainement Jésus a accepté de souffrir cet état d’abandon, afin de nous rejoindre dans tous nos abandons. Même un Saint Thomas d’Aquin, qui affirme pourtant que Jésus n’a pas pu renoncer à la vision béatifique, maintient cependant que dans son humanité Notre-Seigneur a souffert l’abandon, car il a voulu assumer jusqu’au bout l’état de notre humanité après le péché (sans avoir lui-même commis de péché bien sûr).