Prédestination

Verrouillé
Jean-François
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Enregistré le : 2 mars 2004

Prédestination

Message par Jean-François »

Bonjour Père,
J'ai assisté à ma paroisse à une conférence de Carême, et dans celle-ci le prédicateur a dit que la Foi ne venait pas de nous mais qu'elle nous était donnée par Dieu.
Alors que devons-nous penser de ceux qui n'ont pas la Foi ? est-ce la "faute" de Dieu ? et si Dieu nous donne la Foi où est notre liberté ?
En un sens, cela ne rejoint-il pas la doctrine calviniste de la prédestination ?

P. Joseph-Marie
Messages : 1327
Enregistré le : 5 sept. 2003

Message par P. Joseph-Marie »

La foi est une vertu « théologale », c'est-à-dire une participation à la vie divine dans l’Esprit. Elle ne peut donc qu’être un don de Dieu : comment en effet pourrions-nous par nos propres forces nous élever à une telle hauteur ? En fait la grâce – c'est-à-dire l’action de l’Esprit qui nous rend « participants à la nature divine » (2 P 1, 4) – est destinée à tous les hommes : Dieu nous a créés pour que nous participions à sa vie, et le péché ne l’a pas fais changer d’avis. « Il nous a élus en Jésus-Christ, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ » (Ep 1, 4-5). Cette « prédestination » n’est pas à confondre avec un « destin ». Le « destin » désigne ce qui ne peut pas ne pas arriver : il s’agit de la « moiera » grecque, du « fatum » latin. La « destinée » désigne le plan divin qui est proposé à notre liberté, et auquel nous sommes invités à consentir ; ce qui implique que nous pouvons le refuser, ce qui nous conduirait à nous séparer définitivement de Dieu (état que l’on appelle l’ « enfer »).
L’Apocalypse nous dit explicitement que Dieu frappe à la porte du cœur de tout homme, sans exception : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Ce travail de Dieu au cœur de nos vies s’appelle en théologie la « grâce prévenante » ; si nous ouvrons notre cœur à l’appel de Dieu et si nous l’accueillons dans notre vie, cette grâce devient « sanctifiante ». Dieu en effet ne nous sauve pas contre notre gré : il attend que nous consentions à sa proposition pour nous rendre participant à sa vie divine (sanctification).
Une personne qui n’a pas la foi, c'est-à-dire qui ne confesse pas le Credo, peut fort bien avoir accueilli l’appel de Dieu dans le fond de sa conscience. Lorsque nous obéissons à la loi naturelle inscrite dans notre cœur, nous obéissons à la voix du Seigneur qui nous invite à faire le bien et à éviter le mal. Cette obéissance est d’une certaine façon une obéissance de foi, même si cette foi, non explicite, n’est pas encore parfaite. Mais Dieu peut être présent à la vie de personnes qui semblent très loin d’une appartenance religieuse explicite.
Il n’est donc pas nécessaire d’aller dans la direction de Calvin, qui arrivait à la conclusion que Dieu avait décidé d’avance qui était sauvé, le reste de l’humanité n’étant qu’une « massa damnata ». Le don de Dieu répétons le est offert à tous, mais Dieu marche sur nos chemins tels qu’ils sont ; il agit dans le secret du cœur de chacun. Tous nous sommes responsables de notre vie éternelle au sens où tous nous aurons été invité par Dieu de l’une ou l’autre manière à lui répondre. Et c’est en fonction de notre libre réponse, que Dieu accomplit son dessein de salut sur nous.

Verrouillé