5 voies qui mènent à l'existence de Dieu

Verrouillé
Pierre-Nicolas

5 voies qui mènent à l'existence de Dieu

Message par Pierre-Nicolas »

Bonjour!

merci pour les bonnes réponses que vous donnez sur ce forum. Je trouve cela très utile. J'aurais une autre question.

Que pensez-vous des 5 voies de St-Thomas d'Aquin qui mènent à l'existence de Dieu ? Il est clair que ces preuves n'otent pas la nécessité de la foi chrétienne, mais il me semble qu'elles conduisent véritablement à l'existence de Dieu et qu'il est dur, quand nous avons étudié attentivement ces preuves, de douter de son existence.

Qu'en pensez-vous?

Pierre-Nicolas

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

Je vous rejoins tout à fait : il s’agit de bonnes raisons de croire en l’existence d’un être suprême, d’une Cause première, qu’il est convenu d’appeler « Dieu ». Ce ne sont pas de « preuves » ni des « démonstrations », mais de raisonnements qui se présentent comme des voies d’accès, à partir de l’expérience sensible, à la Condition transcendante de possibilité de cette expérience.
Deux remarques. Je partage votre position : elles sont convaincantes ; à condition de s’inscrire dans une philosophie qui reconnaît la valeur de la démarche abstractive, c'est-à-dire la capacité de l’intellect de dégager l’intelligible du sensible. Si vous êtes empiriste, vous objecterez que ce qui dépasse la stricte expérience sensible n’a plus droit à un statut existentiel ; et que dès lors votre « Dieu » n’est qu’une fiction de l’esprit, le terme d’un raisonnement qui, une fois qu’il a quitté le contact avec ce que nous attestent les sens, n’a plus aucun « poids » ontologique.
Pour un auteur comme Kant par exemple, « Dieu » ne serait qu’une « idée » qui permet de faire l’ultime synthèse des observations empiriques (qui ont déjà subies un premier travail d’unification au niveau de l’intellect en passant par le filtre des « catégories »). Lui donner une réalité, serait selon lui tomber dans « l’illusion transcendantale » qui consiste à donner un statut ontologique à ce qui ne serait qu’une idée unificatrice de notre raison.
J’ajoute que Romano Guardini - un grand théologien allemand de l’après-guerre - écrivait de façon un peu provocante que le Dieu des philosophes n’existe pas : le seul Dieu qui existe, c’est celui qui se révèle en Jésus-Christ.

Lucien.

Causa sui.

Message par Lucien. »

On m'a dit qu'il faut se méfier du "Causa sui" de Descartes (l'Être cause de sa propre existence) et de la "preuve ontologique" d'Anselme qui sert d'appui à son argumentatioin. Qu'en est-il à vrai dire et que doit-on penser de ce fameux "Causa sui" ? :(

Albert.

Les preuves de l'existence de Dieu.

Message par Albert. »

On peut voir sur ce sujet le numéro hors série de Sciences et avenir (n°137) (déc 2003 / janv 2004) intitulé : Le Dieu des savants.
A noter les articles de Jean Seidengart (L'idée de Dieu; pp.27 à 30), de Paul Davies (pp. 14 à dix huit) (rem: "dix huit)" s'écrit 18) chez vous !), Bernard Sève (Les preuves de l'existence de Dieu, pp. 39 à 42) et encore Patrick Tort pp.56 à 60. Bonnes lectures. 8O

P. Joseph-Marie
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Re: Causa sui.

Message par P. Joseph-Marie »

Lucien. a écrit :On m'a dit qu'il faut se méfier du "Causa sui" de Descartes (l'Être cause de sa propre existence) et de la "preuve ontologique" d'Anselme qui sert d'appui à son argumentatioin. Qu'en est-il à vrai dire et que doit-on penser de ce fameux "Causa sui" ? :(
L’argument ontologique de Saint Anselme est une des approches du problème de Dieu qui a fait couler le plus d’encre !
En fait il semble bien qu’il y a une distance entre l’intention de Saint Anselme et l’interprétation cartésienne (et postérieure, hégélienne) de son argument.
Saint Anselme ne prétend pas démontrer l’existence de Dieu, puisqu’il présente son argument sous forme de prière. Il s’adresse à Dieu dont il croit (= il sait par la foi) qu’il existe. Anselme soutient seulement qu’on ne peut rien penser de plus grand que Dieu. Si la créature pouvait penser un être plus grand que Dieu, ce serait en effet illogique, parce qu’elle se situerait par le fait même au-dessus de lui. Mais Anselme n’est jamais passé de la définition de Dieu comme l’être le plus grand qu’on puisse penser, à son existence. La postérité va hélas lire l’argument en ce sens, détournant l’intention de l’auteur en un sens idéaliste. Parmi ces interprètes malencontreux se trouve Descartes.

Eric (st brieuc)

Le Dieu de Descartes.

Message par Eric (st brieuc) »

Pour ce qui est des erreurs de Descartes et de la "bonne" définition de Dieu, il faut aller lire ce que dit jean Daujat sur :
http://www.cfjd.org/cupboard/bibliotheq ... oderne.htm (sur google taper "jean daujat", page 2, rubrique 5).

Daujat n'y va pas avec le dos de la cuillère quant aux "erreurs" de Descartes : "C'est l'orgueil de Descartes qui a apporté dans la pensée moderne le point de départ de l'idéalisme (Descartes lui-même n'échappant que par un cercle vicieux aux conclusions idéalistes résultant de ses principes) comme d'ailleurs le source de toutes les autres erreurs du monde moderne, lequel n'échappera à ses malheurs qu'en rejetant l'influence cartésienne."

Pour Dieu voir sa rubrique :" Idéalisme et athéisme", à cette adresse internet.

louison

la beauté et l'ordre n'existent pas ?

Message par louison »

Re-Bonjour,

Voilà : si on en croit ce que disent les savants la nature en elle-même serait inodore, incolore, insipide etc...

Hubert Reeves cite le mathématicien North Witehead:

"On reconnaît à la nature des mérites qui véritablement devraient nous être reservés. La rose pour son odeur, le rossignol pour son chant et le soleil pour sa lumière. Les poètes sont dans l'erreur totale. Ils devraient s'adresser leurs vers à eux-mêmes, en faire des odes de félicitations à l'excellence de l'esprit humain. La nature est terne, muette,incolore et sans odeurs. Tout juste l'agitation de la matière, sans fin, sans sens." (Intimes convictions, ed la renaissance du livre, 2000, p.23).

Et Diderot écrivait :

"Si on bannit l'homme ou l'être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n'est plus qu'une scène triste et muette. L'univers se tait, le silence et la nuit s'en emparent. tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d'une manière obscure et sourde. C'est la présence de l'homme qui rend l'existence des êtres interressante. "

Est-ce que cela ne rend pas obsolète une des cinq voies de Thomas d'Aquin (à partir de la beauté ou de l'ordre de l'univers) selon vous :?:

merci d'avance.

P. Joseph-Marie
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Message par P. Joseph-Marie »

La vision que propose N. Whitehead est celle d’un monde mécanique, fait de rouages fonctionnant selon les lois immuables de la physique mathématique - de préférence dans sa version newtonienne. Il faudrait opposer à cette vision celle d’un autre mathématicien devenu philosophe : Husserl, fondateur de la phénoménologie. Certes les mathématiques sont un langage intéressant pour aborder les phénomènes de la nature, et en exprimer l’aspect quantitatif, mais il est tout à fait réducteur de renvoyer dans la sphère subjective les aspects qualitatifs de cette même nature. Cet effort de tout réduire au quantitatif commence avec Galilée, sera intégré par Descartes dans son système philosophique, et continuera à dominer la vision du monde jusqu’au début du XXe s. De nos jours, cette vision réductrice possède encore ses défenseurs, mais tout autant de détracteur, y compris parmi les physiciens. En fait l’approche contemporaine est tout autre : « l’objectivité » cartésienne n’est plus qu’un mythe. Nous savons que tout observation est une interaction entre le sujet et l’objet. Le monde phénoménal que nous observons, dans lequel nous vivons, est le fruit de cette rencontre. Un monde soi-disant « objectif » n’est toujours qu’une abstraction : j’abstrais le qualitatif de mes perceptions, et il me resterait le monde « objectif », « scientifique », qui ne peut dès lors être que froid, morne, triste, etc. Le monde réel dans lequel nous vivons est conjointement et inséparablement objectif et subjectif, il est le fruit de la rencontre entre le sujet et l’objet, rencontre mystérieuse dans laquelle l’homme donne effectivement un sens, une valeur à son expérience ; et il ne peut faire autrement, car cette attitude constitue sa visée intentionnelle fondamentale, dont il ne peut s’abstraire. La question s’ouvre alors de savoir si l’homme découvre la beauté dans l’harmonie d’une nature créée à l’image de Dieu - Beauté absolue, parfaite ; ou si le contact avec la nature lui rappelle le souvenir d’une Beauté ineffable dont il porterait en lui la trace – c’est la position de Platon…

Verrouillé