Cher Docteur M.C.,J'en reviens à ma question : où est donc la "Providence divine" là-dedans ?
Pour comprendre (un tout petit peu) les desseins de Dieu, ce ne sont pas nos émotions, la science, nos états d’âme ou ce qu’on croit savoir de Dieu qu’il faut consulter. En scrutant ces choses bien limitées, nous nous retrouvons avec des réponses bien humaines. Regarder la liturgie de ce temps de Noël, écouter les Écritures pour « voir » ce que le Seigneur veut bien nous dire dans cette Parole-événement et peut-être y verrons-nous une petite lumière. Admettons que, comme vous aimeriez bien l’entendre dire de la part des « défenseurs » de Dieu, Dieu y serait pour quelque chose dans cette triste histoire. Comme on dit scandaleusement : « Dieu a permis ». Admettons…voyons voir son rôle…en taisant bien sûr les pensées que l’Accusateur (de Dieu et de l’homme), qui va y mettre des bouchées doubles et qui va s’agiter comme un épouvantail, veut bien nous marteler entre les deux oreilles :
Moi j’ai vu une fête des Saints Innocents aux lendemains de cette tragédie. Je vois aussi, dans chacune de ces 150 000 personnes, un petit de Dieu que le Père connaît chacun par son nom…j’y vois même le Christ lui-même en chacun de ces corps meurtris, ces cœurs déchirés, ces pères, ces mères, ces enfants. Ce raz de marée qui a emporté 150 000 âmes dans les grandes eaux du Baptême de la Croix, n’est-il pas moins puissant que le raz-de-marée de la générosité humaine, de compassion des millions de personnes, gouvernements, organismes, réveillés par l’existence de ces pauvres (exploités par nos indifférences occidentales) qui se mobilisent pour venir en aide aux sinistrés ? Œuvre humaine ? Peut-être…mais l’humain, quand il est capable de bon, n’est-ce pas Dieu lui-même qui l’en inspire puisque Jésus dit au jeune homme riche : Seul Dieu est bon ? N’est-elle pas là la Providence ? Dieu ne s’est-Il pas incarné pour chacun de nous, en chacun de nous ? Voudrions-nous prendre tout le crédit pour nos bonnes œuvres ? Laissons donc de côté toutes nos idoles d’un Dieu Tout-Puissant et nos illusions sur nous-mêmes et regardons de plus près ce Dieu pour ce qu’Il est : un Enfant dans une crèche livré à un monde hostile, un Dieu humilié sur une Croix. Un Dieu qui fait peur et qui châtie ?
Oui, je crois que la liturgie de ce temps donne le ton à l’œuvre de Dieu dans tout événement. L’Épiphanie ne nous l’annonce-t-elle pas et aujourd’hui encore ?
« Tous les pays le servirons. En ce jour-là fleurira la justice. Il délivrera le pauvre qui appelle. » La plus grande mobilisation de l’histoire est mise en œuvre pour aider : Etats-Unis, Japon, Israël, Suède, France, tout l’Europe, Canada, l’Australie, etc. Venus d’Orient jusqu’à Bethléem, les mages adorent le Seigneur et lui offrent leurs présents : l’or est offert au Roi (500 milliard globalement pour les pays, les victimes), l’encens au vrai Dieu (la prière de milliers de personnes, le service rendu, la disponibilité des bénévoles) et la myrrhe pour sa sépulture (ça se passe de commentaire…). Jésus n’a-t-il pas dit : ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… ? Dieu est un Dieu qui sauve. La mort spirituelle est bien plus dramatique que la mort physique. Le chiffre nous effraie : 150 000 ! Une seule mort est dramatique. Non seulement, il a pris avec Lui ces pauvres innocents mais Il sauve de l’égoïsme, de l’enfermement sur lui-même, de l’individualisme, de la dureté de cœur, des milliers de personnes à travers le monde qui ont pu ressentir un seul moment de compassion, ont versé une larme, ont donné un peu de sous.
Vous dites : "Qui oserait louer Dieu devant un tel carnage ?" Nous ne louons pas Dieu pour un carnage : quels sortes de frères serions-nous ?! Nous louons Dieu pour ce qu'Il va faire ressortir de bon devant cette apparente victoire de la mort. Jésus, sur la croix, Il a l'air vainqueur aux yeux de chair ? Non. Nous ressentons la douleur de Marie devant l'horreur, notre coeur est transpercé...mais, avec les yeux de la foi, càd dans l'Esprit, nous avons confiance que Dieu aime tous ces enfants et qu'Il est Bon. Lorsque nous ne comprenons pas le mal, mieux vaut avouer notre incapacité et notre ignorance et faire confiance; les réponses viennent toujours.
Je ne prétends pas répondre...
Pardon pour la longueur...
Hélène Bourgeois